Mois sans tabac : trois questions sur la consommation des femmes

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Alors que s'ouvre jeudi le Mois sans tabac, l'agence sanitaire Santé publique France alerte sur l'évolution "très préoccupante" du tabagisme féminin.

C'est le moment où jamais pour arrêter de fumer. La troisième édition du Mois sans tabac commence jeudi en France. 185.000 personnes sont inscrites, bien décidées à vaincre leur dépendance.

Entre les campagnes de sensibilisation et l'augmentation du prix du paquet, la France a recensé un million de fumeurs en moins entre 2016 et 2017. Parmi eux, une majorité d'hommes, selon les chiffres de Santé Publique France. L'évolution du tabagisme féminin, elle, est "très préoccupante".

Pourquoi les femmes ont plus de mal à arrêter de fumer ?

Les femmes ne sont pas plus difficiles que les hommes à convaincre sur l'intérêt de l'arrêt du tabac. En revanche, elles semblent avoir davantage de craintes, parmi lesquelles la peur de prendre du poids. C'est justement ce qui est arrivé à Bénédicte, mère de deux enfants. Il y a trois ans, elle a tenté d'arrêter de fumer, et a échoué. "Quand j'ai arrêté, je me suis dit que je n'allais pas grossir car j'allais faire attention. Mais j'ai pris dix kilos. Quand j'ai refumé, je les ai perdus", raconte-t-elle au micro d'Europe 1. Pourtant, aujourd'hui, elle est déterminée à écraser définitivement sa cigarette. "Je crois que la santé passe avant tout. Entre-temps, j'ai vu mon père décéder d'un cancer au poumon. Là, je me suis dit : 'c'est quoi dix kilos, quand on peut se retrouver sous oxygène en train de crever à étouffer. Je n'ai pas envie de mourir de ça", confie-t-elle.

>> De 7h à 9h, c'est deux heures d'info avec Nikos Aliagas sur Europe 1. Retrouvez le replay ici

Quelles conséquences sur leur santé ?

Le nombre d'hospitalisations pour des bronchites a doublé en 15 ans. Les infarctus, eux, ont augmenté de 50% sur la même période. Pire encore, le cancer du poumon est en train de devenir la première cause de mortalité chez la femme, devant le cancer du sein. La mortalité par cancer du poumon a augmenté de 71% chez les femmes entre 2000 et 2014 alors qu'elle a diminué de 15% chez les hommes. Cette hausse est particulièrement marquée chez les femmes de 55 à 64 ans, c'est-à-dire la génération née en 1950 qui a commencé à fumer massivement dans les années 70.

En termes de mortalité, les femmes n'ont pas encore "rattrapé" les hommes, puisque 20% de décès sont attribuables au tabac chez les hommes contre 7% chez les femmes, mais l'écart se réduit.

Quid des femmes enceintes ?

Cette année, le Mois sans tabac insiste justement sur le tabagisme durant la grossesse. Selon Santé publique France, c'est un facteur de risque majeur pour la mère comme pour les bébés (faible poids, prématurés, mortalité périnatale). En 2016, 30% des femmes fumaient avant la grossesse, et si la moitié environ ont arrêté avant le troisième trimestre (48%), 16% fumaient toujours en fin de grossesse, ce qui reste un des taux les plus élevés d'Europe.

L'étude de Santé publique France montre d'importantes disparités : les femmes fument davantage, même enceintes, dans l'Ouest et le Nord qu'en Ile-de-France (taux le plus faible) et leur tabagisme est associé à un niveau d'études et un revenu plus faible.

Parfois, ces femmes enceintes fument avec l'appui de leur médecin, qui leur recommandent uniquement de réduire leur consommation, et pas d'arrêter définitivement. La grossesse est pour la moitié des fumeuses l'occasion de s'arrêter mais… 82% reprennent la cigarette après l'accouchement. 

Pour aider ces femmes à stopper définitivement la cigarette, des initiatives existent. Actuellement, l'AP-HP, avec le soutien de l'Inca (Institut national du cancer), mène une étude sur l'incitation financière pour arrêter de fumer pendant la grossesse. Le principe, c'est de leur donner des bons d'achats pour des produits de puériculture si elles arrêtent totalement de fumer. Marlène, a tenté l'expérience à Lyon l'an dernier, et elle se félicite aujourd'hui d'avoir "un bébé sans tabac". "La cigarette induisait un certain plaisir. Quand je ne l'ai plus eu, en percevant des chèques cadeaux, mon système de récompense était plutôt activé. On valorisait mes progrès", se réjouit-elle. Au total, Marlène a gagné 500 euros.

Un peu d'histoire…

Les femmes ont vraiment commencé à fumer dans les années 70, pour se rapprocher de la consommation des hommes : 24% des femmes de 15 à 75 ans fumaient en 2017, contre 30% des hommes (60% dans les années 70).

"Au milieu du 20ème siècle, l'industrie du tabac ciblait principalement une consommation masculine. Puis elle s'est rendue compte qu'essayer de faire fumer les femmes démultiplierait leur clientèle, ce qui leur permettrait d'avoir un maximum de profit", explique Clémence Cagnat-Lardeau, directrice du collectif Alliance contre le Tabac, au micro de Nikos Aliagas sur Europe 1 mercredi matin. Les stratégies des industriels du tabac mettaient alors l'accent sur la minceur ou le "glamour" avec des marques comme "Slims", "Vogue", ou "Allure" - interdites depuis - et qui ont contribué à cette forte augmentation.

"Ça correspond à peu près à la période de libération de la femme. La cigarette est devenue l'accessoire lié à l'émancipation de la femme", note également Clémence Cagnat-Lardeau.

 

Europe 1
Par Benjamin Lévêque, édité par Anaïs Huet