Caroline, bénévole à SOS Amitié : "L'impression de solitude est décuplée pendant les fêtes"

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Caroline, "écoutante" à SOS Amitié, explique à Olivier Delacroix qu'il n'existe pas de "profil particulier" des personnes en détresse qui appellent l'association le soir du Nouvel an. 
VOS EXPÉRIENCES DE VIE

Le 31 décembre, Caroline ne célébrera pas le réveillon avec sa famille ou ses amis. "Écoutante" à SOS Amitié en région parisienne, la bénévole passera la soirée à répondre aux appels de personnes en détresse, comme elle le fait depuis six ans. Sur Europe 1, elle raconte à Olivier Delacroix pourquoi cette période est particulièrement délicate pour les personnes seules. 

"[Être écoutant, cela consiste à] être disponible au téléphone à passer du temps avec les gens qui nous appellent, qui veulent confier leur détresse, leur souffrance, avoir quelqu'un qu'ils sentent présents. Je fais ça depuis six ans. Les statistiques ne disent pas forcément qu'il y a plus de personnes qui appellent, en revanche on remarque que l'anxiété se renforce. Quand vous êtes 'écoutant' à SOS Amitié, vous vous rendez disponible quand vous le pouvez, de jour comme de nuit, les week-ends comme pendant la semaine. Quand on peut le faire, on le fait avec beaucoup de plaisir.

"Les gens savent qu'il y a beaucoup de personnes en famille, entre amis à ce moment-là"

[Pendant les fêtes], les gens qui se sentent seuls savent qu'il y a beaucoup de personnes qui sont en famille, entre amis à ce moment-là et ça renforce le sentiment de détresse. Ce qui est décuplé, c'est l'impression de solitude, l'impression de ne servir à rien, de ne pas se sentir exister au sein de la société. Ce sentiment-là, il est renforcé, forcément. Il y a des gens qui nous appellent et qui n'ont aucun envie d'aller faire la fête. Leur situation de vie fait que soit ils ne peuvent pas, parce qu'ils n'ont pas d'endroit, soit leur solitude est telle qu'ils n'ont pas envie d'aller faire la fête.

>> De 15h à 16h, partagez vos expériences de vie avec Olivier Delacroix sur Europe 1. Retrouvez le replay de l'émission ici

Ce qui motive mon action c'est de sentir que je peux apporter une écoute. Les jours de fête, on sent que c'est particulièrement important. Ce qui me marque le plus, ce sont les soirs où au début de l'appel on sent que la personne est dans une grande anxiété, ou même dans une situation d'angoisse, et puis l'échange se déroule et la personne a l'occasion de dire ce qu'elle a sur le cœur, ce qu'elle ressent, parfois pour la première fois. Quand on sent que la personne peut dire des choses qui sont extrêmement lourdes, extrêmement douloureuses, on se dit : 'chouette, je sers à quelque chose et cette personne a pu franchir une étape'. Certainement que si elle l'a fait une fois elle pourra le refaire une autre fois. Je crois que ce qui est le plus marquant pour moi, c'est quand je ressens que ce sont des personnes qui pour la première fois libèrent quelque chose qui était bloqué depuis très longtemps.

"Avoir quelqu'un qui puisse écouter sans juger, en étant disponible de cœur"

Il peut y avoir beaucoup de cas différents. Le point commun à toutes les attentes, c'est d'avoir quelqu'un qui puisse écouter sans juger, quelqu'un de disponible dans le temps mais aussi disponible de cœur, parce que dans son entourage on n'a pas toujours quelqu'un qui est disponible pour vous écouter. Je ne pense pas qu'il y ait de profil particulier [des gens seuls au moment des fêtes]. Il y a des hommes et des femmes, il y a tous les âges, il y a des cas de souffrance psychique, de solitude, des gens qui évoquent des grosses difficultés de vie, c'est extrêmement large.

On a beaucoup de personnes qui sont dans la tranche 35-50 ans. On a aussi des personnes âgées mais peut-être moins que ce qu'on imaginerait a priori. On écoute au téléphone mais on écoute aussi au 'chat' et par la messagerie. Là, on a beaucoup de jeunes, si ce n'est de très jeunes.

Europe 1
Par Margaux Lannuzel