«Je voudrais gagner ma vie» : mobilisés à Paris, des agriculteurs témoignent de leur quotidien difficile
Ce jeudi, des agriculteurs ont manifesté devant l'Assemblée nationale, à Paris. Ils protestent contre la signature de l'accord de libre-échange entre l'UE et les pays du Mercosur, l'abattage des bovins atteints de la DNC mais aussi pour de meilleurs conditions de travail. Faible rémunération, multiplication des normes et des contrôles : les exploitants n'en peuvent plus.
"On vit dans la difficulté". Benjamin n'a que 17 ans, mais d'ici quelques mois, il doit reprendre l'exploitation de son père. Le jeune lycéen appréhende son futur professionnel. "Là, ça fait trois ans qu'on peine à finir les années et on est obligés d'emprunter de l'argent, si ça continue comme ça, on ne tiendra pas deux ans de plus", poursuit-il. "Moi ça me fait peur pour l'avenir".
Ils sont nombreux à devoir gérer de lourdes difficultés financières. Patrice est agriculteur dans l'Indre. Depuis plusieurs années, lui aussi n'arrive plus à joindre les deux bouts : "Financièrement, c'est compliqué. Je ne compte pas les heures et je ne compte pas de salaire, je n'en ai pas". Pour survivre, sa famille repose seulement sur le salaire de sa femme qui, elle, ne travaille pas en agriculture.
Son fils, âgé de 14 ans, veut suivre ses pas et reprendre son exploitation de 120 vaches. Mais Patrice espère le dissuader. "Aujourd'hui, moi, j'adore mon métier, mais je ne sais même pas s'il faut que je l'encourage là-dedans", raconte l'agriculteur. Il ne voit aucun avenir positif pour les jeunes dans cette voie.
Des contraintes financières et administratives
En plus des difficultés financières et des journées à rallonge, les agriculteurs sont assaillis de normes. Natacha est venue jusqu'à Paris depuis la Vendée. Elle croule sous les contraintes : "Ce côté administratif, il est horrible. On fait beaucoup de paperasse, mais on sait que si on n'est pas hyper carrés, tout de suite, il y a des sanctions", s'exclame l'agricultrice. "On a aussi cette épée de Damoclès du contrôle", ajoute-t-elle.
L'agricultrice tient avec son mari une exploitation de 250 bovins. Elle a des cernes sous les yeux, mais elle continue de se mobiliser. "Moi, ce que je veux, c'est continuer d'aimer mon métier, continuer de faire naître mes veaux, mais qu'on arrête de m'emmerder et puis je voudrais gagner ma vie", explique-t-elle. Comme beaucoup, elle espère une chose : pouvoir un jour vivre dignement de son métier.