Monopole, emploi : les enjeux du rachat de Suez par Veolia

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Veolia, leader mondial du traitement des eaux et des déchets, propose de racheter une partie de Suez à Engie. Un mariage destiné à créer un mastodonte de l'environnement, mais qui n'est pas sans susciter quelques questions, notamment sur le maintien des emplois et le situation monopolistique qui pourraient s'ensuivre.

Il est venu, le temps des grandes manœuvres industrielles. Veolia, leader mondial du traitement des eaux et des déchets, s’apprête à prendre le contrôle de Suez, son grand concurrent. Dans le détail, il s'agit d'abord du rachat de la part détenue par Engie dans Suez environnement (29,9%), pour laquelle Veolia propose près de 3 milliards d'euros. Puis, dans un second temps, du rachat de tout le groupe.

L'acquéreur est un empire de 180.000 salariés et 27 milliards d'euros de chiffres d’affaires. Suez représente de son côté 89.000 employés et 18 milliards d'euros. Les deux frères ennemis, concurrents historiques, sont présents dans les mêmes métiers : le traitement de l’eau et des déchets, ainsi que l’énergie. Et il est évident que le contexte de crise pousse au regroupement des forces. Veolia veut créer un mastodonte pour "le monde d'après", estimant qu'il faut être plus gros pour agir sur la transition écologique.

L'État soutient l'opération...

Ce secteur devient de plus en plus stratégique. Le PDG de Veolia, Antoine Frérot, explique par exemple que si les solutions technologiques qui existent déjà chez Veolia étaient mises en place à travers le monde, cela réduirait de 30% des émissions de gaz à effet de serre. Il a confié dimanche soir aux Échos qu’avec ce rapprochement, l'ambition était de créer un "super champion mondial de la transition écologique". Cette transition est un business, elle représente des points de croissance et de l’emploi.

L'État français, d'ailleurs, soutient cette opération. En haut lieu, on estime que c'est une solution satisfaisante et que cela s'inscrit parfaitement dans la volonté de l'exécutif de créer des champions nationaux. À Bercy, on a d'ailleurs travaillé tout le week-end sur l'opération. Car l'État, premier actionnaire d'Engie, pose malgré tout ses conditions.

...mais reste vigilant

Pas question, par exemple, de créer un monopole de l'eau en France. Véolia s'engage donc à céder les activités françaises à un fonds d'investissement, Meridiam, que le gouvernement connaît bien et en lequel il a confiance. Il faut également des assurances au niveau de l'emploi, et le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, se dit très "vigilant" sur ce point. Autre exigence : obtenir un bon prix pour la participation d'Engie. "Cela pourrait se faire si c'est bien payé", dit-on encore de sources proches du dossier. Tout pourrait ensuite aller très vite.

L'offre de Veolia "engendrerait des disynergies et des pertes d'opportunité"

Encore faut-il néanmoins que le rachat soit accepté en interne. Ce qui ne semble pas aller de soi au vue de la première réaction du conseil d'administration de Suez. Dans un communiqué publié ce lundi, il a fait valoir que "la stratégie proposée par Véolia engendrerait des disynergies et des pertes d'opportunité en France et à l'international. Par ailleurs, la complexité du processus retenu conduirait à deux années de perturbations opérationnelles, au moment où, dans le contexte post-Covid, les équipes sont focalisées sur la mise en oeuvre de leur plan stratégique."

Europe 1
Par Nicolas Barré et Emmanuel Duteil, édité par Margaux Baralon