Argentine : Maradona la légende, Diego l'engagé

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Diago Maradona Fidel Castro 1:44
Maradona avec Fidel Castro, en 2005. © AFP
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Depuis l’annonce de sa mort mercredi à l’âge de 60 ans, les hommages à Diego Maradona ne cessent d’affluer. Tous évoquent un footballeur légendaire, un personnage aux multiples facettes, mais aussi un homme engagé politiquement, aux côtés des plus pauvres.
ENQUÊTE

El Pibe de Oro est mort mercredi à l’âge de 60 ans. De ses débuts à Boca Juniors jusqu’à Naples, en passant par la Coupe du monde 1986, Diego Maradona a enflammé la planète football jusqu’à devenir une icône absolue. Avec son talent et sa personnalité, l’Argentin est devenu une légende. Il s’est aussi engagé politiquement et sur le plan social.

"On ne peut pas voir Maradona uniquement comme un footballeur. Il a représenté bien plus que ce qu’il se passait dans un stade de foot. C'est un homme qui est sorti de la pauvreté et qui n’a jamais oublié ses origines", raconte Teo, 22 ans, au micro d’Europe 1 à Buenos Aires.

Un esprit solidaire

Diego Maradona est né en 1960 à Villa Fiorito, un quartier pauvre du sud de Buenos Aires, dans une famille humble, de huit frères et sœurs. Pour beaucoup, il a incarné le rêve des enfants pauvres de sortir de la misère grâce au ballon rond et ses fans soulignent encore son esprit solidaire. "Il a tenu à garder la maison où il a grandi à Buenos Aires", ajoute au micro d’Europe 1 le journaliste et l’écrivain Pierre-Louis Basse, qui a interviewé l’Argentin deux fois.

Récemment encore, il avait donné de l’argent à des soupes populaires pour les familles durement touchées par la crise économique que subit l’Argentine depuis deux ans. Le footballeur avait aussi apporté son soutien à un projet de taxe sur les grandes fortunes discuté en ce moment au parlement. "Maradona est un homme qui a toujours défendu les causes des déshérités et des laissés pour compte", confirme Pierre-Louis Basse.

Son souvenir de la dictature argentine

Diego Maradona soutenait aussi les droits de l’homme en Argentine et a été beaucoup vu aux côtés des mères de la place de Mai, ces femmes qui cherchaient leurs enfants disparus durant la dictature militaire, entre 1976 et 1983. Il était aussi très proche des grands-mères de la place de Mai, qui recherchent toujours les bébés volés aux prisonniers politiques disparus. Pour lui, ces femmes incarnaient le combat pour la mémoire de la dictature en Argentine.

"Diego incarnait l’amour et le peuple. Il était toujours du côté de la société, du bon côté. On a vécu une dictature militaire qui a provoqué la disparition de 30.000 camarades. Lui a toujours été engagé de notre côté, avec nous", témoigne Agustina, militante féministe de 24 ans. Les grands-mères de la place de Mai lui ont également rendu hommage : "Nous lui disons au revoir, au Diego du peuple, celui qui réparait les injustices et la douleur d’autrui”.

Il se déclarait "péroniste"

Politiquement, Diego Maradona se déclarait "péroniste", un mouvement politique capital en Argentine, créé dans les années 40 par Juan Peron, et difficile à définir selon les critères européens. A la fois de droite et de gauche, ce mouvement a eu mille visages selon les gouvernements au pouvoir, mais il se distingue par sa rhétorique nationaliste et populaire, son populisme, et la défense d’un État fort.

"C’est le changement social, la transformation, la lutte pour que les plus démunis obtiennent davantage", explique Ezequiel, 32 ans. "L’engagement social de Diego, c’était la meilleure facette de sa personnalité. C’était un camarade ! J’ai apporté une petite photo que je vais laisser sur son cercueil", poursuit-il, en montrant un cliché d’Evita Peron, la deuxième épouse de Juan Peron, idole absolue en Argentine, peut-être tout autant que Maradona. Evita Peron a été emportée par un cancer à 33 ans dans les années 1950.

Proche de Castro, Chavez et Maduro

Diego Maradona a aussi été très proche d’autres figures de la gauche latino-américaine comme de Fidel Castro, qu’il avait qualifié de "second père", mais également d’Hugo Chavez et de son successeur Nicolas Maduro au Venezuela. Maradona avait d’ailleurs un tatouage du Che sur le biceps droit, et le visage de Fidel Castro sur le mollet gauche. Cet ancrage lui a valu des critiques dans le passé. Malgré tout, la classe politique argentine s’est montrée presque unanime ces derniers jours dans les hommages rendus au footballeur, fait rare dans ce pays d’ordinaire très divisé.

Certaines militantes féministes ont cependant rappelé que Diego Maradona avait eu son lot de déclarations sexistes et qu’il a aussi été accusé par deux de ses ex-compagnes de violences psychologiques et physiques.

Des positions anti-américaines assumées

Diego Maradona assumait également des positions anti-impérialistes et anti-américaines, ce qui était peu courant dans le monde mercantile du ballon rond. "Il a échappé aux manipulations, ce n’est pas le cas de Pelé par exemple. Il a toujours défié l’industrie du sport et il l’a payé. Il a été 'exécuté' par la FIFA pour avoir critiqué le fait qu’elle fasse jouer les joueurs sous le soleil (lors de la Coupe du monde aux États-Unis, en 1994)", conclut Pierre-Louis Basse.

Europe 1
Par Aude Villiers-Moriamé, édité par Léa Leostic