Baisse d'adhésions aux syndicats : "Ils doivent aller vers la jeunesse 'ubérisée'"

La CGT a perdu 12.000 adhérents en 2016.
La CGT a perdu 12.000 adhérents en 2016. © PATRICK KOVARIK / AFP
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Dylan Gamba
"Le syndicalisme est victime aujourd'hui de l’individualisme qui se développe dans toutes les sphères de la société", souligne à Europe1.fr Stéphane Sirot, spécialiste des mouvements sociaux. 

En 2016, la CGT a perdu près de 12.000 adhérents. Sur quatre ans, le syndicat de Montreuil a vu fondre ses effectifs de 30.000 personnes. La CGT n'est pas la seule organisation syndicale à subir ce phénomène, qui remonte à la fin des années 1970. Les syndicats cherchent aujourd'hui à inverser la fonte des effectifs en parlant davantage à la "jeunesse ubérisée", comme le souligne Stéphane Sirot, professeur d'histoire à l'université de Cergy et spécialiste du syndicalisme et des conflits sociaux, interrogé par Europe1.fr.

Comment expliquer la baisse des adhésions aux syndicats en France ?

Cela fait 40 ans que le phénomène de "désyndicalisation" touche la France. A la fin des années 1970, près de 20% des salariés étaient syndiqués, contre 8% aujourd'hui. Cette période était marquée par un ralentissement économique, le chômage mais aussi la désindustrialisation. Le déclin de la CGT est plus marqué que les autres syndicats parce que le syndicat de Montreuil est davantage porté sur un modèle industriel et ouvrier qui est en perte de vitesse.

Le syndicalisme est également victime aujourd'hui de l’individualisme qui se développe dans toutes les sphères de la société. Les conditions de travail s’individualisent et on remarque une perte d’homogénéité du monde du travail. De plus, l’image des syndicats est écornée par une série d’échecs des mobilisations des dernières années, comme avec la loi Travail en 2016.

Comment les syndicats tentent-ils de répondre à ce phénomène ?

Les syndicats cherchent des réponses. Lorsqu’il était premier secrétaire de la CGT, Bernard Thibault avait mis en place un plan de syndicalisation à destination du secteur privé. Mais cela n’a pas eu beaucoup de succès.

Lors de son mandat à la CFDT, François Chérèque avait lancé le plan "VRP de la syndicalisation". Le but était d'aller à la rencontre des salariés pour que ces derniers prennent leur carte. En plus d’arriver à faire venir des militants, les syndicats doivent être capables de les garder, alors que de plus en plus font du "zapping militant".

Certains syndicats arrivent-ils à tirer leur épingle du jeu ?

Tous les syndicats sont en situation de déclin, mais il y a un bénéfice du côté de la CFE-CGC (Confédération générale des cadres). On peut expliquer ce phénomène par le fait que le monde du travail est de plus en plus qualifié avec un vivier de cadres. De plus, le syndicat a su trouver un discours qui reçoit l’adhésion, au milieu du gué entre la CGT et la CFDT. La CFE-CGC a été parfois très virulente contre la loi Travail, parfois plus que la CGT, mais sans jamais descendre dans la rue.

Quelles sont les marges de manœuvre pour les syndicats aujourd’hui ?

Les jeunes constituent un vrai point noir pour les syndicats aujourd’hui. Il y a aussi la question des nouvelles formes de travail, notamment les auto-entrepreneurs qui échappent pour l’instant au périmètre syndical. Le problème pour les organisations est qu’elles pratiquent un syndicalisme de salariés plus que de travailleurs. Les syndicats doivent aller vers cette "jeunesse ubérisée".