Covid, variant Omicron : le manque de vaccins en Afrique, à qui la faute ?

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Clément Perruche , modifié à
Chrysoula Zacharopoulou, la co-présidente de Covax, était l'invitée du Zoom info d'Europe 1 mardi. Elle a défendu le bilan de son organisation missionnée pour favoriser l'accès au vaccin contre le Covid dans les pays les plus pauvres. Au micro de Dimitri Pavlenko, elle pointe la responsabilité de ceux qui n'ont pas joué le jeu de la solidarité, notamment l'industrie pharmaceutique et la Chine.

Les pays riches ont-ils totalement oublié leurs promesses ? Chrysoula Zacharopoulou, médecin, députée européenne et co-présidente de Covax, le mécanisme multilatéral d'achats de vaccins à destination des pays les plus pauvres, était l'invitée du Zoom info d'Europe 1 ce mardi. La problématique de l'accès au vaccin revient au cœur de l'actualité avec l'apparition du variant Omicron en Afrique du Sud, pays où moins d'un tiers de la population est vaccinée. L'occasion pour Chrysoula Zacharopoulou de régler quelques comptes avec l'industrie pharmaceutique et la Chine.

Covax, "une question de solidarité"

L'initiative Covax est née sous l'impulsion de l'Union européenne et de l'OMS. "On savait que le jour où on trouverai un vaccin, il y aurait beaucoup de pays pauvres qui ne pourraient pas acheter de vaccins. C'était une question de solidarité internationale mais aussi de sécurité", a expliqué Chrysoula Zacharopoulou.

Depuis le début de la pandémie, 560 millions de doses ont été distribuées par Covax à 144 pays. C'est seulement 10% du montant total qu'espérait Covax à son lancement. "Il faut expliquer pourquoi. Au début de cette crise, on a eu un problème de capacité de production au niveau mondial. Nous avons mis en place les dons de doses. Le premier pays qui a proposé ça, c'était la France." A ce jour, la France a donné 67 millions de doses au dispositif et prévoit d'en donner 120 millions d'ici 2022.

Les responsabilités de l'industrie pharmaceutique

Selon la co-présidente, l'industrie pharmaceutique porte une part de responsabilité dans la bilan en demi-teinte de Covax. En cause : le non-respect de certains délais. "Nous voulons qu'elle fasse son travail : avoir un calendrier. La prévisibilité, c'est très important pour que Covax puisse s'organiser. L'industrie ne nous a pas beaucoup aidé. C'est ça qu'on reproche aux laboratoires", a-t-elle accusé. 

Mais les pays riches, eux aussi, ont été plutôt frileux dans leurs dons de vaccins. "Ils ont acheté beaucoup de vaccins par rapport à la population. Je dis : ne vous inquiétez pas, nous avons des doses suffisantes pour faire la troisième dose. Il faut maintenant qu'on accélère, qu'on commence à donner vite", a-t-elle affirmé au micro d'Europe 1.

Vacciner l'Afrique, vite

A l'heure où le variant Omicron se diffuse à l'échelle mondiale, l'eurodéputée s'est également alarmée de la réticence des populations africaines vis-à-vis du vaccin et en a appelé à "la responsabilité des leaders africains". "L'Afrique a un taux de vaccination de 7%. Du moment qu'elle n'est pas vaccinée, les variants continuent à se développer", a-t-elle averti.

Les pays africains, notamment ceux de la zone sub-saharienne, connaissent cependant des faiblesses structurelles qui les empêchent de mener à bien leur campagne de vaccination. Covax s'est là aussi heurté à des blocages, notamment avec les frigos et les seringues, qui manquent à l'appel. "Il faut les accompagner", a martelé Chrysoula Zacharopoulo.

Quel est le rôle de la Chine ?

Lundi, Xi Xinping a promis lors d'un sommet sino-africain un milliard de doses à l'Afrique pour combler "le vide vaccinal" du continent. Covax va-t-elle se faire damer le pion par les Chinois ? "Cela fait deux ans que nous avons mis en place la solidarité et la Chine a donné zéro vaccin à Covax. S'ils respectent leur engagement, je dis : tant mieux. On a besoin de vaccins pour vacciner l'Afrique. Mais ils arrivent deux ans plus tard. Nous avons passé tous les moments difficiles ensemble. Il faut rendre à César ce qui appartient à César."