"Gilets jaunes" : revivez nos rencontres avec les habitants de Saint-Avold

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Les "gilets jaunes" sont particulièrement mobilisés à Saint-Avold. © Clément LESAFFRE / EUROPE 1
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La contestation des "gilets jaunes" ne désenfle pas. Avant la nouvelle mobilisation prévue samedi, Europe 1 a passé la journée de jeudi avec les habitants de Saint-Avold, en Moselle, où le mouvement est très actif.

RÉCIT

La colère des "gilets jaunes" n'est pas retombée. L'annulation pour 2019, au moins, de la hausse des taxes sur les carburants annoncée par l'Elysée mercredi n'a pas convaincu les manifestants, loin s'en faut. Partout en France, les rassemblements continuent avec en ligne de mire une nouvelle journée d'action samedi 8 décembre. Jeudi, nos journalistes ont passé la journée auprès des habitants de Saint-Avold, en Moselle, où le mouvement est très actif, pour des rencontres en direct et en vidéo. Retrouvez-les sur notre page Facebook, en cliquant sur ce lien. Dans la foulée, Le Grand Journal du Soir de Matthieu Belliard était présentée en direct de Saint-Avold, au milieu des habitants.

20h : Clap de fin pour cette journée spéciale à Saint-Avold. L'émission spéciale présentée par Matthieu Belliard en direct de Moselle se termine sur un débat enflammé qui fait la part belle aux retraités, les plus nombreux sur les ronds-points de la ville. "Les gens qui travaillent n'en récoltent plus les fruits ! C'est du jamais-vu", conclut Raymond, un des "gilets jaunes" les plus actifs à Saint-Avold.

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19h45 : 500 emplois menacés avec la fermeture du réacteur à charbon. Thomas Amery, le directeur de la centrale Emile Huchet, intervient pour exprimer son regret face à la décision "brutale" du gouvernement de la fermer avant la fin du mandat d'Emmanuel Macron. "La tranche charbon pouvait fonctionner jusqu'en 2026, selon RTE. Là, on subit une fermeture prématurée avec à la clé plus de 100 emplois directs menacés et 500 si on ajoute les emplois indirects et induits. Sans compter les familles des employés", explique Thomas Amery.

19h15 : "Le gouvernement a tout foiré dans cette crise". "Les 'gilets jaunes' veulent s'inscrire de nouveau dans le champ politique", estime Yannick Jadot, invité dans les studios d'Europe 1, à Paris, de Sonia Mabrouk. Le chef de file des écologistes pour les élections européennes tacle le gouvernement qui "a foiré de A à Z la gestion de cette crise". Pendant ce temps-là, à Saint-Avold, la brasserie Queen's s'est transformée en agora : "gilets jaunes", commerçants et simples curieux échangent à bâtons rompus, dans une ambiance cordiale, le plus souvent autour d'une belle chope de bière.

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18h45 : "Où sont nos élus ?". On retrouve également Yolande, la gérante de la parfumerie avec qui nous avons pu échanger longuement. Son chiffre d'affaires souffre grandement à cause des blocages de "gilets jaunes" à l'entrée de la zone commerciale. "Je n'ai pas peur de parler. Je suis allé au conflit avec eux. Mais où sont nos élus ?", interpelle-t-elle, alors que le maire et la députée ont tous deux décliné l'invitation d'Europe 1, par peur d'attiser les tensions.

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18h15 : Echange avec les "gilets jaunes". Parmi les habitants présents ce soir pour débattre autour de Matthieu Belliard, Bernard, que nous avons croisé ce matin sur le rond-point du Cora. Il a enlevé son gilet jaune mais ses revendications n'ont pas changé. "Le gouvernement doit prendre conscience de notre souffrance", martèle-t-il. Et il prévient : si rien ne bouge, il v a y avoir du grabuge pour les dirigeants : "Mr Darmanin, vous roulez à contre-sens, vous allez vous prendre une voiture dans la tronche".

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17h45 : Le Grand journal du soir se prépare. Dans quelques minutes, vous allez pouvoir écouter l'émission spéciale présentée par Matthieu Belliard, en direct de Saint-Avold. Après une journée à arpenter les rues de la ville, nous allons vous faire vivre le débat entre les différents acteurs de la vie locale, organisé à la brasserie Queen's, en centre-ville. Beaucoup d'habitants, dont de nombreux "gilets jaunes", sont venus assister à l'émission.

GJDS Saint Avold

17h30 : Le maire soutient les "gilets jaunes". Nous terminons ce tour de Saint-Avold avec le maire (centriste) de la ville. "Je soutiens les revendications pacifiques des 'gilets jaunes'. Quand ils disent qu’ils survivent au lieu de vivre, ils sont dans le vrai", estime André Wojciechowski, qui a même adressé une lettre à Emmanuel Macron "pour lui demander de bouger et de ne plus diviser la France". Revivez notre entretien avec lui en vidéo.

16h45 : "Le peuple est mené à la baguette". Les quatre hommes, visiblement abattus face au sort qui les attend, s’épanchent sur la situation de crise que connaît la France depuis plusieurs semaines. "Je comprends tout à fait les revendications des “gilets jaunes”, il y a vraiment une injustice face à une écologie à deux balles”, s’emporte Raphaël. “On taxe le carburant et on arrête les centrales à charbon en tuant des emplois mais on ne taxe pas le kérosène, ça n’a aucun sens”, déplore-t-il, avant d’ajouter que “si le gouvernement reste sourd et aveugle”, il enfilera à son tour son gilet jaune.

Centrale Saint Avold

“Je condamne les casseurs mais j’applaudis ce mouvement citoyen”, assure de son côté Thomas, plus réservé sur le sujet. “Avant on nous disait : “achetez du diesel” ; maintenant il faut l’abandonner le plus vite possible. Le peuple est mené à la baguette dans un sens puis dans l’autre au gré des lobbies”, estime le jeune homme de 28 ans. Ici, tout le monde soutient la grogne populaire. “Vu comme c’est parti, ça va faire comme mai 68”, lâche même Vincent, un collègue plus âgé qui passe une tête.

Centrale Saint Avold

16h : La centrale, un symbole à la mort programmée. Direction à présent la centrale thermique Emile Huchet. Plantée à l’entrée nord de Saint-Avold, il s’agit d’une des dernières de France avec un réacteur à charbon encore en fonctionnement. Du moins jusqu’en 2022, date limite à laquelle ce réacteur (un des trois de la centrale, les deux autres fonctionnent au gaz), devra fermer au nom de la transition écologique. Thomas, Raphaël, Vincent et Jean-Pierre nous accueillent à l’entrée du site. "La fermeture d’ici 2022 c’est un coup d’arrêt à la centrale. C’est demain", se désole Thomas. "C’est un déni de réalité. Tout le monde est d’accord pour arrêter le charbon mais pas aussi brutalement et sans plan de transition permettant d’assurer la sécurité énergétique de la France", renchérit Jean-Pierre, délégué FO de ce site géré par l’Allemand Uniper qui ne souhaite plus investir à Saint-Avold.

Saint Avold Jean

15h : "Le gouvernement va céder car le peuple est le plus fort". En ville, une grande majorité des gens soutiennent les gilets jaunes, qui fleurissent d’ailleurs derrière les pare-brise des voitures. "Jeannot", lui, en a même un orange et un jaune qu’il a "emprunté à un ami". Retraité, il travaillait auparavant dans la chimie, à Saint-Avold. Il dénonce le traitement réservé aux plus anciens. "A cause de la CSG, j'ai perdu 50 euros sur ma pension !". Ce vétéran de la lutte des classes comme il se décrit lui-même, est certain que les "gilets jaunes" vont l'emporter : "A la fin, c'est toujours le peuple qui est le plus fort. Le gouvernement va devoir céder".

Saint Avold casseurs

14h15 : Dégâts impressionnants. Le centre-ville de Saint-Avold aussi a été chahuté samedi. En fin de journée, les manifestants ont quitté le Cora pour se rendre dans l’artère commerçante. Au passage, ils s’en sont notamment pris au grand magasin Levy-Blum. Le propriétaire ne souhaite plus revenir sur cet événement mais il a raconté son dépit à la presse locale. Par peur d’une récidive, il ne souhaite pas reconstruire, pour l’instant, ses vitrines de Noël pillées et caillassées. "C’était très choquant. Je ne suis pas du tout d’accord avec ça", nous avoue une habitante.

Saint Avold casseurs

13h30 : la casse a laissé des traces. Les violences de samedi ont visiblement marqué les esprits en ville, et plus particulièrement dans la zone commerciale. "Les gens n’ont pas la tête à ça. Ils sont pressés, ils ont peur après ce qui s’est passé samedi", nous explique le vendeur de Micromania. Mardi, quatre manifestants - qui n'avaient rien à voir avec les "gilets jaunes" que nous avons rencontrés plus tôt, nous ont assuré ces derniers - ont été condamnés à de la prison avec sursis pour des vols, dégradations et/ou violences. Des chariots du supermarché ont été remplis de gros cailloux qui ont été jetés sur les forces de l'ordre.

Saint Avold Cora

12h30 : commerçants recherchent clients désespérément. C’est l’heure du déjeuner et en temps normal, la zone commerciale Heckenwald, à l’entrée de Saint-Avold, ressemble à une fourmilière en cette période de fêtes. Mais pas aujourd’hui : les parkings sont vides et les boutiques désertées. "Les clients sont échaudés après les affrontements de samedi dernier. Pour nous, c’est un coup terrible", nous confie une vendeuse. Même sentiment chez Micromania, l'enseigne de jeux vidéo. "On prend cher. On est en-dessous de nos objectifs sur la saison. Les autres années, il y avait tellement de foule qu’on ne pourrait même pas se parler ! Là on prie pour que ça reprenne", se désole un des vendeurs.

Gérante commerce Saint-Avold

11h30 : "J'ai fait 10 euros de ventes sur une journée". Tous les week-ends depuis le 17 novembre, certains "gilets jaunes" bloquent l'accès à la zone commerciale où se trouve le grand Cora. Yolande Thill est la gérante de Passion Beauté, une boutique située dans la galerie commerçante, et elle n'en peut plus. "Je soutiens le message des 'gilets jaunes' sur le fond, mais la forme est inacceptable", s'énerve cette chef d'entreprise de 52 ans, qui assure n'avoir pu réaliser que "dix euros de ventes samedi dernier", faute de clients. Résultat, "c'est l'esprit de Noël qui est foutu" pour Yolande, contrainte de réduire temporairement son personnel.

Gilets jaunes Saint-Avold 3

10h45 : "Les dirigeants doivent redevenir des gouvernants". Au milieu du groupe, impossible de ne pas remarquer Bernard. Ce jovial retraité de 67 ans a mené plusieurs vies : agriculteur, électricien, électromécanicien, routier… Il est présent au rond-point tous les jours depuis le 17 novembre, "sauf le mercredi après-midi", quand il doit s’occuper de ses 11 petits-enfants. S’il est là, ce n’est pas tant pour lui ("je ne gagne pas des mille et des cent mais je peux vivre"), plutôt pour les jeunes générations. "Nous, on a vécu notre vie. Mais ceux qui suivent n’auront rien au rythme où ça va", dénonce-t-il. "Les dirigeants doivent redevenir des gouvernants et s’occuper du peuple au lieu de lui faire les poches."

Gilets jaunes Saint-Avold 2

10h : Ambiance bon enfant. Le défilé des camions qui font résonner une cacophonie de klaxons conforte les "gilets jaunes" de Saint-Avold dans l'idée que leur lutte est juste. Les rangs grossissent au fil des minutes, dans la bonne humeur. Des habitants apportent des sacs de victuailles pour tenir une journée de plus. "On en a tellement qu'on a dû en donner aux Restos du cœur", raconte Pascal, volubile retraité de chez Continental. Si l'humeur est joviale, ces "copains" n'en sont pas moins déterminés : "J'ai fait Mai-68 à 19 ans. Je suis prêt à repartir", assure l'un d'entre eux, bonnet rouge vissé sur le crâne.

9h15 : "On n'a rien gagné, on a juste pas perdu !". Alors que le jour se lève difficilement derrière le voile de nuages gris qui recouvre Saint-Avold, une vingtaine de "gilets jaunes" se rassemblent devant le supermarché Cora. La plupart sont âgés et sont présents tous les jours au même endroit depuis le 17 novembre. Très vite, la conversation s'oriente sur l'annulation de la hausse de taxes sur les carburants pour 2019, annoncée par l'Elysée la veille. "On n'a rien gagné, on a juste pas perdu !", s'emporte Raymond, un retraité. "C'est beaucoup trop tard. Cela fait trois semaines qu'on est là." 

Gilets jaunes Saint-Avold

Dans le camp de fortune, installé sur un rond-point, les manifestants se regroupent, un café chaud à la main. "C'est tout le système qu'il faut changer. On veut être les acteurs de notre existence", lâche Bernard, retraité de 67 ans un brin philosophe. "On est méprisé ! On n'accepte plus la façon dont on nous traite là-haut", s'emporte Lionel, 58 ans, ancien agent de sécurité qui attend désespérément sa pension d'invalidité.

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