Que cachent les soupçons d'espionnage visant un militaire français au profit de la Russie ?

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Révéler publique ce genre d'affaire relève d'un intérêt stratégique.  1:30
Révéler publique ce genre d'affaire relève d'un intérêt stratégique. © Kirill KUDRYAVTSEV / AFP
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D'après le spécialiste Jean-Vincent Brisset, "on a intérêt parfois pour une raison ou pour une autre à dévoiler une affaire en cours". Il pointe également que la Russie demeure un adversaire, et que la façon dont communique la France est primordiale. 
ANALYSE

C'est une information révélée par Europe 1 ce dimanche matin. Un lieutenant-colonel de l'armée française en poste à l'OTAN, en Italie, a été arrêté par les services de contre-espionnage, mis en examen et écroué il y a une dizaine de jours pour atteinte à la sécurité. Il est soupçonné d'avoir fourni des documents ou des informations ultra-sensibles à un agent des services secrets russes. Si le parquet de Paris a ouvert une enquête, il reste toutefois silencieux sur l'affaire. Mais de son côté, le gouvernement, en la personne de Florence Parly, invitée ce dimanche du Grand Rendez-vous d'Europe 1, a confirmé l'information

"On a intérêt parfois à dévoiler une affaire en cours"

"Un officier supérieur est sous le coup d’une procédure judiciaire pour atteinte à la sécurité", a ainsi indiqué la ministre des Armées. Une petite phrase qui revêt un intérêt stratégique, selon Jean-Vincent Brisset, directeur de recherches à l'Institut de relations internationales (Iris) et spécialiste des questions de sécurité. "On a intérêt parfois pour une raison ou pour une autre qui demeurera toujours obscure à dévoiler une affaire en cours, quitte à la rendre importante alors qu'elle ne l'est pas, ou vice-versa", confirme-t-il au micro d'Europe 1.

"La Russie demeure un adversaire"

Mais dans le cas de ce militaire soupçonné de trahison, impossible de savoir de quel cas de figure il s'agit. "On ne saura jamais vraiment l'intérêt de cette affaire, c'est toujours extrêmement compliqué." Néanmoins, "il peut être intéressant de dire que la Russie demeure un adversaire [de la France]", soulève le spécialiste. "De même qu'il peut être intéressant d'échanger ce genre d'informations, d'accusations, avec Moscou contre quelque chose de l'autre côté. L'important étant de communiquer."

Et dans cette affaire, la France communique "de manière négative vis-à-vis de l'Otan [le militaire étant en poste dans une antenne italienne de l'organisation, ndlr]", affirme Jean-Vincent Brisset. Là-aussi, il s'agit d'une stratégie : elle pourrait d'ailleurs viser "à donner une bonne image de marque du président Emmanuel Macron vis-à-vis de l'Otan surtout."

Europe 1
Par Nicolas Feldmann, édité par Ugo Pascolo