Affaire Matzneff : "Le consentement" de Vanessa Springora, récit d'une liaison sous l'emprise d'un "ogre"

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30 ans plus tard, cette histoire hante encore Vanessa Springora. © Daniel ROLAND / AFP
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A l'avant-veille de sa sortie en librairie, Europe 1 a pu lire le livre de Vanessa Springora, Le consentement, sur l'emprise exercée par l'écrivain pédophile Gabriel Matzneff quand elle n'avait que 14 ans. Un récit glaçant qui décrit notamment l'aura de l'écrivain, qui poussera la famille de sa victime à se rendre complice.

Le consentement, c’est le livre de Vanessa Springora, chez Grasset. Il ne sera publié que jeudi, mais il fait déjà beaucoup parler. Aujourd’hui directrice de la maison d’édition Julliard, elle raconte son histoire sous emprise avec Gabriel Matzneff, écrivain accusé de pédophilie. Elle avait alors 14 ans et lui 50. Europe 1 a pu lire le livre, qui commence au milieu des années 1980. Vanessa Springora, V dans le livre, a alors 13 ans. Son père est absent. Sa mère travaille dans l’édition, un monde fascinant pour V.

Elle traîne dans les cocktails et les dîners entourés d’écrivains de renom. Un jour, elle tombe sur G. - on reconnait Gabriel Matzneff. Il est une gloire littéraire de l’époque, même si ses penchants pour les mineurs de moins de 15 ans sont bien connus. Il la séduit. Elle se sent privilégiée, désirée. L’emprise commence. Et le sordide aussi. Il passe la chercher à la sortie du collège et la ramène chez lui régulièrement.

"Prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre"

La brigade des mineurs s’en mêle, mais le dossier est classé. V. reste sous l’influence de l’écrivain. Son entourage se rend complice de la situation. D'ailleurs, G. vient dîner de temps en temps à la maison, comme on reçoit le petit copain de sa fille. A 15 ans, V. prend conscience qu’elle est entre les mains d’un prédateur, d’un "ogre", comme elle l’appelle. Il est trop tard. Elle est anéantie psychologiquement. Il sera très difficile pour elle de s’en défaire et quand elle y parvient, elle l’annonce à sa mère qui lui répond : "Le pauvre, tu es sûr ? Il t’adore". 

30 ans plus tard, cette histoire hante encore Vanessa Springora. Elle a décidé de l’écrire, pour dit-elle "prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre".

Europe 1
Par Nicolas Carreau