Le référendum catalan en cinq questions

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Drapeau des indépendantistes catalans flottant dans le soir le 16 septembre à Barcelone. © AFP
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Le gouvernement régional de Catalogne est bien décidé à organiser dimanche un référendum d'autodétermination malgré l'opposition du gouvernement espagnol et du tribunal constitutionnel qui l'a jugé contraire à la Constitution.

L'Europe a les yeux tournés vers l'Espagne, et plus particulièrement la Catalogne, où le gouvernement régional entend organiser dimanche un référendum d'autodétermination. La tension est à son apogée entre Madrid et Barcelone. Le gouvernement espagnol et le Tribunal constitutionnel, qui l'a jugé contraire à la Constitution, dénoncent cette initiative qui plonge l'Espagne dans l'une des pires crises politiques qu'elle ait traversées depuis le rétablissement de la démocratie. Si l'organisation du scrutin est maintenue, il est probable que le "oui" à l'indépendance l'emporte, une très forte mobilisation des quelque 40% de Catalans favorables à une sécession étant attendue quand, au contraire, les tenants d'une Catalogne espagnole devraient être nombreux à ne pas se déplacer. Retour en cinq questions sur un scrutin qui pourrait faire boule de neige dans toute l'UE.

Pourquoi les Catalans réclament-ils leur indépendance ?

Les indépendantistes font valoir que la Catalogne, qui possède sa langue et sa culture, est une "nation" et non une "nationalité" comme l'affirme la Constitution espagnole de 1978. Ces éléments justifient selon eux qu'ils disposent de leur propre Etat. Ils estiment également que la Catalogne, région espagnole la plus prospère - représentant environ 20% du PIB du pays -, verse une contribution financière trop élevée à  l'Espagne et que son économie serait donc plus vaillante si elle était indépendante. En 2006, l'Estatut, un pacte d'autonomie, a été conclu entre Madrid et Barcelone, mais les Catalans estiment qu'il n'a servi à rien en raison de la décision rendue quatre ans plus tard par le Tribunal constitutionnel. Cet échec aurait grossi les rangs des élus indépendantistes dont le nombre a été multiplié par plus de cinq entre 2010 à aujourd'hui. 

Pourquoi l'Espagne souhaite-t-elle empêcher le référendum ? 

Madrid considère que le référendum va à l'encontre de la Constitution, qui énonce que l'Espagne est indivisible. Le Tribunal constitutionnel a confirmé ce point de vue et ordonné la suspension des préparatifs du référendum. "N'allez pas plus loin. Revenez à la loi et à la démocratie. Ce référendum est une chimère", a déclaré la semaine dernière le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy. Le gouvernement espagnol reproche aux indépendantistes de tenter de tirer parti d'une crise économique doublée d'une crise politique alimentée par les nombreuses affaires de corruption pour alimenter le populisme. En laissant la Catalogne organiser un référendum, Madrid ouvrirait de surcroît la porte à des scrutins semblables dans d'autres régions traversées par un sentiment indépendantiste, comme le Pays basque par exemple. 

Un référendum crédible peut-il être organisé ? 

Le gouvernement espagnol dit avoir démantelé tous les dispositifs instaurés par le gouvernement catalan pour organiser le référendum et que son résultat n'aurait aucune valeur, évoquant un éventuel "simulacre" de vote. La police a reçu l'ordre de saisir toutes les urnes, tous les bulletins de vote et prendra le contrôle, dimanche, de tous les bureaux de vote. Plusieurs membres des exécutifs catalans ont été arrêtés et le ministère public menace de poursuivre tous ceux qui contribueront à l'organisation du référendum. Le gouvernement catalan assure que le référendum sera organisé, mais il n'a pas encore expliqué où les  électeurs pourront voter, s'ils ne peuvent se rendre dans les bureaux de vote. "Il est évident que nous ne serons pas en mesure de voter comme on l'aurait voulu", a reconnu le numéro 2 et ministre de l'Economie de la Generalitat, Oriol Junqueras.

Dans l'ensemble, les analystes politiques et les personnalités politiques s'accordent à dire que la Catalogne ne sortira de l'impasse que par un redémarrage du dialogue entre Barcelone et Madrid. Il pourrait permettre aux Catalans d'arracher de meilleures dispositions fiscales et davantage de financements pour leurs projets d'infrastructures. Au sein même du gouvernement espagnol, on estime qu'une révision d'envergure de la Constitution est nécessaire afin de sanctuariser la protection des langues et cultures régionales.

Que se passera-t-il si le gouvernement catalan proclame l'indépendance ?

En cas de victoire du "oui", le gouvernement catalan proclamera unilatéralement l'indépendance de la Catalogne sous 48 heures. Il s'attachera alors à la rédaction d'une constitution et jettera les fondations d'un nouvel Etat, d'un Trésor, une Banque centrale, voire une armée. Madrid devrait cependant prendre des mesures pour l'en empêcher. Mariano Rajoy pourrait appliquer l'article 155 de la Constitution qui l'autorise à priver l'exécutif catalan de ses pouvoirs. 

Le mouvement indépendantiste peut-il survivre à un échec du référendum ?

La cause indépendantiste imprègne suffisamment la conscience catalane pour qu'elle survive si le gouvernement catalan ne parvenait pas à obtenir l'indépendance en dépit d'une victoire du "oui". Le 11 septembre, un million de Catalans ont défilé pour célébrer la "Diada", leur fête nationale, et manifester leur soutien à la cause indépendantiste et au moins deux millions d'entre eux devraient se rendre aux urnes si le référendum était organisé. Toute répression brutale venue de Madrid serait de nature à alimenter le sentiment séparatiste. Pourtant, la proportion de Catalans favorables à l'indépendance n'a guère varié ces dernières années. En cas de défaite au référendum, le gouvernement de Barcelone devrait organiser de nouvelles élections locales avec le risque de voir les indépendantistes perdre leur majorité au parlement de Catalogne.