Face à la crise du coronavirus, la France ne dispose pas d'un nombre suffisant de masques. 2:57
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Coline Vazquez
Invité de la matinale d'Europe 1, Aurélien Rouquet, ​professeur de logistique à la Neoma Business School, analyse la pénurie de masques causée, selon lui, par la régionalisation des stocks et l'échec de l'Etat à les remplir pour pallier un approvisionnement à l'étranger.

Comment en est-on arrivé à une telle situation ? Depuis plusieurs semaines, le manque de masques ne cesse de faire débat en France alors que le pays vit sa quatrième semaine de confinement pour tenter d'endiguer l'épidémie de coronavirus. Mercredi, la présidente du département des Bouches-du-Rhône a vivement critiqué la réquisition par le préfet de la région Grand Est d'une grande partie des 3,5 millions de masques qu'elle devait recevoir. En effet, seuls 300.000 lui sont finalement parvenus.

Une situation non isolée qui s'explique par la régionalisation via les Agences régionale de santé de la gestion des stocks. Et c'est là que le bât blesse, selon Aurélien Rouquet, ​professeur de logistique à la Neoma Business School, invité de la matinale d'Europe 1. 

"Il n'y a plus de stocks à l'échelle nationale"

"L'Etat a décidé, suite notamment à la crise du virus HN1 qui n'a pas eu les effets escomptés, de repenser sa gestion de stock et d'avoir 'une distinction' entre stock stratégique et les stocks tactiques. Les stocks stratégiques, entre 2009 et 2010, concernaient à la fois les masques chirurgicaux et les masques FFP2. Mais après la crise, l'Etat a décidé que les FFP2 allaient être uniquement gérés à l'échelle des régions", explique le spécialiste. Et pour Aurélien Rouquet, c'est là que se situe le problème : il n'y a donc plus de stocks à l'échelle nationale capables de réapprovisionner ceux régionaux en masques FFP2, actuellement réservés au personnel soignant, car ils protégeraient mieux du virus.

D'autant que, "si les stocks de masques chirurgicaux en comptaient un milliard, il a été décidé que l'Etat était uniquement responsable des stocks de masques destinés aux personnes malades et à leur entourage. Ça a donc été aux employeurs privés et aux entreprises de s'assurer d'avoir un stock de masques pour leurs travailleurs au contact des personnes", résume-t-il avant de conclure : "Du coup, le résultat, c'est qu'au début de la crise on avait beaucoup moins de stocks centralisés au niveau de l'Etat et des stocks de masques FFP2 et chirurgicaux qui se sont un peu disséminés partout avec la difficulté d'avoir une visibilité exacte sur ces stocks". 

"Il faut faire un stock important, ce que l'Etat n'a pas fait"

En réponse au manque de masques, de nombreuses entreprises comme PSA mais aussi la manufacture des parapluies de Cherbourg se sont mobilisées pour réorganiser leur production et fabriquer ces outils précieux pour le monde médical. Un beau geste qui est aussi un "signe de faiblesse", selon le professeur de logistique.

"Si on a identifié que des masques sont une ressource stratégiques en cas de pandémie et je pense qu'un certain nombre de rapports l'ont très bien montré, soit on a les capacités productives en interne en France pour très rapidement monter en capacité soit, si on ne les a pas. Or, si on repose sur des approvisionnements qui sont lointains, il faut faire un stock important, ce que l'Etat n'a pas fait", déplore-t-il. "On n'avait plus de stocks et on reposait sur des capacités de production à l'étranger. Donc, on se retrouve dans la situation de pénurie actuelle".