Coronavirus : "Nous n'aurons pas deux millions de morts en Chine, je peux vous l'affirmer"

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A Wuhan, la quarantaine de la ville doit être levée le 8 avril. 1:50
A Wuhan, la quarantaine de la ville doit être levée le 8 avril. © Hector RETAMAL / AFP
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Invité lundi d'Europe 1, le docteur Philippe Klein, médecin chef de la clinique internationale de Wuhan, est revenu sur la situation en Chine, alors que plusieurs médias soupçonnent les autorités d'avoir minimisé le nombre de morts. S'il reconnaît que le bilan est "certainement" supérieur aux chiffres actuels, le Français préfère retenir l'efficacité des mesures du gouvernement. 
INTERVIEW

La Chine a-t-elle volontairement minimisé le nombre de ses morts du coronavirus ? Alors que le pays, où la pandémie s'est déclaré fin décembre, ne recense que 3.000 morts, soit un bilan inférieur à l'Italie ou à l'Espagne, plusieurs médias rapportent que des dizaines de milliers de chinois tentent actuellement de récupérer les urnes funéraires de leurs proches. Rien qu'à Wuhan, épicentre de l'épidémie, le médias chinois Caixin dénombre que plus de 6.500 urnes ont été livrées à la ville ces deux dernières semaines, un nombre près de deux fois supérieur à celui annoncé officiellement dans tout le pays.

Invité lundi d'Europe 1, le docteur Philippe Klein, médecin chef de la clinique internationale de Wuhan, estime que le nombre de morts est "certainement" supérieur au bilan officiel, mais préfère toutefois retenir que les autorités du pays ont adopté "une méthode, un ordre de bataille", pour combattre le virus, contrairement à la France. 

"Bien sûr, les chiffres sont toujours maîtrisés par les autorités chinoises", reconnaît le médecin français, "mais il faut faire la différence entre des chiffres de mortalité supérieurs à ceux qui sont donnés et ceux d'une mortalité extrême qu'on pourrait voir dans le cas d'une auto-immunisation de la population". Or, assure-t-il, "si les Chinois avaient réussi, par une auto-immunisation de la population, à maitriser cette épidémie en trois mois, nous aurions, sur une zone fermée de 60 millions de personnes, environ 70% de cas positifs et une mortalité de 1 à 5 %, ce qui ferait plus de 2 millions de morts". Et de conclure : "Nous n'aurons pas deux millions de morts en Chine, je peux vous l'affirmer". 

L'épidémie "maîtrisée par les autorités chinoises"

Au micro d'Europe 1, le docteur Philippe Klein préfère rappeler qu'à Wuhan, "la vie reprend", et que l'épidémie "a été maitrisée par les autorités chinoises" , avec notamment un confinement très strict de la population. Ce qu'il faut retenir, poursuit-il, "c'est que les Chinois ont adopté une méthode, un ordre de bataille. Et je me bats pour que la France et nos dirigeants donnent aux Français une méthode pour arriver à maîtriser cette épidémie le plus rapidement possible". 

Alors que, selon plusieurs médias, de premiers cas de coronavirus seraient apparus en Chine dès novembre, Philippe Klein estime "possible" que l'épidémie ait démarré à ce moment-là, soit plus tôt que selon la version du gouvernement. Mais, nuance-t-il, "toute épidémie monte en puissance. Et j'ai bien ressenti la montée de l'anxiété et du nombre de cas qui s'est réellement faite à partir de la fin décembre, puis l'annonce de la transmission inter-humaine, fin janvier. C'est à partir de là que tout est parti".

"J'aimerai qu'on applique la même méthode en France"

Face à la propagation de l'épidémie en Europe, le médecin note que les Chinois "ont réussi à protéger la Chine continentale, mais pas le reste du monde". Mais, ajoute-t-il, "j'aimerais qu'on applique la même méthode en France (...) car, à partir du moment où les autorités chinoises ont appliqué ces méthodes, et la réouverture de la ville de Wuhan prévue le 8 avril, il se sera écoulé 52 jours". 

En France, déplore-t-il, "nous n'avons pas de méthode, nous subissons l'épidémie", et "au fur et à mesure que nous allons subir le choc sanitaire, nous allons nous retrouver quasiment dans une situation de soin palliatifs, où on va devoir choisir les patients qu'on soignera". Cette situation, conclut Philippe Klein, "on ne devrait pas l'avoir, car on aurait du la prévenir en observant ce qu'il s'était passé en Chine".

Europe 1
Par Antoine Terrel