"Gilets jaunes" : après les annonces de Macron, quelles suites pour le mouvement ?

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La mobilisation des "gilets jaunes" se poursuivra-t-elle malgré les annonces d'Emmanuel Macron ?
La mobilisation des "gilets jaunes" se poursuivra-t-elle malgré les annonces d'Emmanuel Macron ? © CHARLY TRIBALLEAU/AFP
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Moins nombreux mais toujours actifs, les manifestants poursuivaient mardi leurs opérations de blocage au lendemain de l'allocution d'Emmanuel Macron. La moitié de la population les soutient toujours.

"Nous voulons aller vite, nous voulons aller fort, c'est le sens des mesures qui ont été évoquées par le président de la République." Devant l'Assemblée nationale, mardi, le Premier ministre a fait oeuvre de pédagogie au lendemain de la série d'annonces d'Emmanuel Macron. Le but : apaiser la colère des "gilets jaunes", mobilisés depuis plus de trois semaines sur tout le territoire français, et dont les actions sont émaillées de violences chaque week-end. Mais dans les sondages comme sur le terrain, les "gilets jaunes", leurs soutiens et les Français semblent divisés sur les suites à donner à un mouvement inédit, né sur les réseaux sociaux pour dénoncer la politique gouvernementale.

Politiques et "gilets jaunes" partagés sur les annonces. Augmentation de 100 euros des salaires au niveau du Smic, exemption de la hausse de la CSG pour les retraités gagnant moins de 2.000 euros par mois, heures supplémentaires payées "sans impôts ni charges"... Les différentes annonces du chef de l'Etat, suivies par plus de 21 millions de téléspectateurs rien que sur TF1, France 2 et M6, ont poussé plusieurs responsables politiques à appeler à l'apaisement. "Il faut que tout le monde prenne ses responsabilités et en particulier les 'gilets jaunes' de bonne foi, ceux qui ont des revendications concrètes, et pas la révolution", a affirmé le maire de Bordeaux Alain Juppé sur Europe 1. "Je pense que les 'gilets jaunes' doivent savoir d'où ils viennent. Il y a trois semaines, ils réclamaient, à juste titre, l'arrêt des taxes sur le carburant. Aujourd'hui, il y a de multiples propositions qui ont été faites", a renchéri le maire LR de Poissy, Karl Olive, également interrogé sur notre antenne.

D'autres se sont montrés plus mesurés, comme le président des députés Les Républicains Christian Jacob, qui a déclaré ne pas avoir de "consigne à donner" aux "gilets jaunes" pour samedi, les invitant toutefois à se "démarquer" des casseurs. Du côté des visages médiatiques des manifestants, les réactions ont également été contrastées : la Bretonne Jacline Mouraud a par exemple appelé à une "trêve" en saluant "des avancées", tandis que Pierre-Gaël Laveder, communiquant du mouvement à Montceau-les-Mines, a exclu tout renoncement. "Macron n'a pas pris la mesure de ce qui se passait", réagissait-il mardi.

Environ 1.900 manifestants mardi. Ces divisions s'exprimaient partout sur le territoire, mardi : moins nombreux mais toujours actifs, les "gilets jaunes" poursuivaient leurs opérations de blocages et manifestations sur des ronds-points et axes routiers, avec un peu plus de 1.900 manifestants. La mobilisation semblait marquer le pas dans l'Ouest, où seulement trois points de blocage étaient par exemple recensés dans le Finistère. Elle ne faiblissait en revanche pas en Gironde, où une dizaine de rassemblements étaient dénombrés. Le concessionnaire autoroutier Vinci faisait lui toujours état de perturbations sur son réseau, notamment sur les axes du sud de la France. Certains sont bloqués depuis maintenant plusieurs semaines, notamment sur l'A10, l'A7, l'A9 et l'A20.

Au sein de la population, pas davantage d'unanimité : deux sondages publiés mardi, respectivement par Opinionway pour LCI et Odoxa pour franceinfo et Le Figaro, révèlent qu'environ la moitié de la population souhaite que les actions prennent fin, tandis que l'autre espère qu'elle continue. Les deux études soulignent en revanche l'approbation des différentes mesures annoncées par le président : selon Opinionway, 78% des personnes interrogées jugent qu'elles répondent aux revendications des "gilets jaunes" pour la défiscalisation des heures supplémentaires, et 72% pour la suppression de la hausse de la CSG. Et s'il reste important, le soutien des Français au mouvement a enregistré un net recul en quatre jours : il s'élevait à 68% de la population le week-end dernier.

"Faire Noël et Nouvel an" sur les points de barrage. Le lest lâché par le gouvernement pourrait-il alors "cliver" le mouvement entre ses éléments les plus modérés et les plus radicaux ? Selon une étude sociologique réalisée par un collectif de chercheurs et publiée par Le Monde, 53% des "gilets jaunes" manifestaient avant lundi pour une "augmentation du pouvoir d'achat", et seulement 18,7% par "opposition au gouvernement et au président". La mobilisation des manifestants pourrait aussi évoluer avec le temps et le détail des "explications" fournies par le gouvernement. "Sur le coup, je me suis dit que Macron nous avait un peu entendus", confiait mardi Thomas Miralles, porte-parole du mouvement dans les Pyrénées-Orientales. "Mais quand on regarde dans le détail, en fait, pas du tout", ajoutait-il en référence à la "hausse du Smic", qui sera en fait un coup de pouce via la prime d'activité.

Sur plusieurs points de blocages occupés depuis le 17 novembre, premier jour du mouvement, les "gilets jaunes" ont en tout cas d'ores et déjà installé des sapins de Noël, preuve de leur volonté de faire durer la mobilisation dans le temps. "Si on arrête là, on a tout perdu", affirmait mardi un manifestant interrogé par l'AFP au péage autoroutier de la Barque, sur l'A8. "En trois semaines, on l'a fait plier. On a ouvert les portes, mais ce n'est pas assez. (...) Maintenant que Macron a commencé à baisser son pantalon, je suis prêt à faire Noël et Nouvel An ici."

 

Avant cette échéance, celle de samedi prochain est redoutée par le gouvernement : après les scènes de guérilla urbaine filmées à Paris et dans plusieurs villes du territoire, ce week-end sera-t-il celui de l'apaisement ? Certains "gilets jaunes" appellent d'ores et déjà à "l'acte V" de la mobilisation, soutenus, notamment, par le leader de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon