Alain Juppé appelle les "gilets jaunes" à "accepter la main tendue" d'Emmanuel Macron

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À son arrivée à la mairie de Bordeaux mardi matin, Alain Juppé a lancé un appel solennel aux "gilets jaunes", au lendemain de l'allocution télévisée du président de la République.
RÉACTION

"Emmanuel Macron a montré, je crois, qu'il avait pris conscience de la gravité de la situation et des raisons légitimes de certaines colères." Au lendemain de la prise de parole d'Emmanuel Macron, plus de trois semaines après le début du mouvement des "gilets jaunes", Alain Juppé s'est dit satisfait des annonces faites par le chef de l'Etat et de "la grande détermination" dont il a fait preuve, selon lui, "pour combattre les violences et faire respecter l'ordre républicain".

Interrogé mardi matin à son arrivée à la mairie de Bordeaux, l'ancien cadre des Républicains a invité les manifestants à baisser les armes et cesser les blocages.

Juppé "prêt à s'associer" à la démarche du président. S'il a plusieurs fois fait son mea culpa quant à sa gestion de la crise, le président de la République a surtout annoncé des mesures concrètes pour accroître le pouvoir d'achat des Français : augmentation de 100 euros des salaires au niveau du Smicexemption de la hausse de la CSG pour les retraités gagnant moins de 2.000 euros par mois, ou encore heures supplémentaires payées "sans impôts ni charges". "Il a fait des avancées en direction des revendications des 'gilets jaunes', notamment pour les retraités modestes et les petits salaires", salue Alain Juppé au micro d'Europe 1.

"Et puis surtout, il a ouvert la voie à une large discussion sur tous les sujets, au plus près du terrain. Il veut s'adresser aux maires, et pour ma part je suis prêt à m'associer à cette démarche", a poursuivi l'édile bordelais. Emmanuel Macron a en effet déclaré vouloir les "rencontrer les maires, région par région" pendant la suite de son mandat.

Entendu sur europe1 :
Les 'gilets jaunes' savent qu'en organisant une nouvelle manifestation samedi prochain, prétendument 'acte 5' de la revendication, ils invitent les casseurs à casser

"Que tout le monde prenne ses responsabilités". Dès lors, pour Alain Juppé, il appartient aux 'gilets jaunes' de considérer qu'ils ont obtenu satisfaction, peu ou prou. "Il faut que tout le monde prenne ses responsabilités et en particulier les 'gilets jaunes' de bonne foi, ceux qui ont des revendications concrètes, et pas la révolution. Je leur lance un appel. Ils savent qu'en organisant une nouvelle manifestation samedi prochain, prétendument 'acte 5' de la revendication, ils invitent les casseurs à casser. Ça se reproduira inévitablement, quelles que soient les précautions qui sont prises", avertit-il. "Il faut donc changer de méthode, accepter la main tendue, et entrer dans le processus de discussion qui est proposé."

Dans le même sens, l'ancien Premier ministre fustige les responsables politiques, à l'instar de Jean-Luc Mélenchon, qui appellent au contraire à poursuivre la mobilisation. "Ils veulent faire la révolution, ils le disent. Certains veulent renverser les principes mêmes de notre Etat de droit. Ce sont des adversaires qu'il faut combattre avec la plus grande énergie, parce qu'ils font courir à notre pays un risque grave", dénonce le maire de Bordeaux. 

"Trouver un point d'équilibre". Moins férocement, Alain Juppé critique aussi ceux qui, au sein même de sa famille politique, reprochent au président de la République le montant que feront peser ces mesures sociales sur la dépense publique. "À chaque fois que le gouvernement veut engager des économies, c'est un tollé général. Là aussi, il faut faire preuve de sens des responsabilités", soutient le maire de Bordeaux.

Pour lui, le problème n'est pas Bruxelles et les 3% de déficit public autorisés. "Le problème, c'est notre dette. Est-ce que nous allons pouvoir continuer à emprunter tout l'argent dont nous avons besoin pour financer notre déficit, et à quel prix ? Si les taux d'intérêt dérapent, nous allons à la catastrophe. On ne peut pas tout faire, tout lâcher, tout dépenser. Il faut trouver un point d'équilibre, et je pense que ce qu'a proposé le président de la République est aujourd'hui réaliste."