Ce qu'il faut retenir de ce 14-Juillet totalement inédit

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Une cérémonie inédite, sans public pour cause d'épidémie de coronavirus et marquée par un hommage aux soignants, a eu lieu à Paris, mardi matin, pour la Fête nationale. Emmanuel Macron a ensuite pris la parole pour une longue interview, au cours de laquelle il a présenté un plan de relance majeur et multiplié les annonces. Dans la rue, de nombreux manifestants ont profité de ce jour symbolique pour manifester en faveur de l'hôpital public.
L'ESSENTIEL

Un 14-Juillet à l'ombre du coronavirus. Après des mois de lutte contre la pandémie et alors que la multiplication des clusters en France fait craindre une possible "deuxième vague" de contaminations, la Fête nationale a été célébrée dans une version minimaliste, mardi. Un défilé militaire d'une ampleur inférieure à la normale a eu lieu à Paris, tandis que beaucoup de villes de province ont choisi d'annuler leur traditionnel feu d'artifice. À la mi-journée, tous les yeux se sont tournés vers Emmanuel Macron, qui a détaillé, avec force annonces, son plan de relance post-crise sanitaire lors d'une longue interview. 

Les informations à retenir : 

  • Emmanuel Macron s'est exprimé pendant plus d'une heure à la télévision, en multipliant les annonces
  • Une cérémonie militaire plus courte que d'habitude et marquée par un hommage aux soignants a eu lieu à Paris, avec seulement 2.000 participants
  • La plupart des villes de France ont renoncé à leur traditionnel feu d'artifice en raison de l'épidémie de coronavirus

Coronavirus, relance, affaire Darmanin, écologie... Les annonces de Macron

Alors que les écologistes figurent parmi les grands vainqueurs des élections municipales, Emmanuel Macron a annoncé plusieurs mesures pour lutter contre le réchauffement climatique. Il a ainsi annoncé un "grand programme de rénovation" des écoles et des Ehpad. "On doit rentrer, et ce plan de relance en est l'opportunité, dans la construction d'un modèle qui est à la fois écologique, industriel et environnemental", a déclaré le président de la République.

Il a aussi promis que seraient développés "massivement" dans les mois à venir le fret ferroviaire, les trains de nuit et les petites lignes. Enfin, le chef de l'État a redit être "favorable" à un référendum sur la question et a souhaité inscrire "le plus vite possible" dans la Constitution "l'objectif de lutte contre le réchauffement climatique et aussi le respect de la biodiversité". Mais, a-t-il précisé, "il faut d'abord qu'il y ait un vote par l'Assemblée puis le Sénat dans des termes conformes. (…) À ce moment-là, il peut y avoir ou un congrès ou un référendum."

La réforme des retraites aura lieu. Malgré la grogne et la crise, Emmanuel Macron ne compte pas enterrer définitivement la réforme des retraites, qui avait été fortement contestée à la fin de l'année 2019 avant d'être suspendue pendant la crise sanitaire. "Nous ne ferons pas l'économie d'une réforme de notre système de retraites, pour qu'il soit viable", a-t-il prévenu. Néanmoins, cette réforme "ne peut pas se faire comme elle était emmanchée avant la crise du Covid", a-t-il concédé.

Le chef de l'État a par ailleurs écarté toute hausse d'impôt ou rétablissement de l'ISF. "Il y a une trajectoire fiscale qui a été décidée, votée par la représentation nationale, c'est celle qui sera tenue", a-t-il affirmé, ajoutant qu'"on ne résout pas une crise comme celle-ci en augmentant les impôts". Il a ouvert la porte à une report de la suppression de la taxe d'habitation pour les ménages les plus aisés.

Priorité aux jeunes. Emmanuel Macron est revenu longuement sur la situation des 700.000 jeunes qui vont intégrer le marché du travail à la rentrée. Il a annoncé des aides pour l’apprentissage, mais aussi un "dispositif exceptionnel d’exonération des charges"pour les jeunes jusqu’à 1,6 Smic, un dispositif qui durera "un ou deux ans". 

Le chef de l'État a aussi promis 300.000 contrats d'insertion, "qui permettent d’aller chercher les jeunes qui sont le plus loin de l’emploi", 100.000 emplois supplémentaires dans le cadre du service civique, et l'ouverture de 200.000 places dans "des formations qualifiantes supérieures".

Des baisses de salaires plutôt que des licenciements. "Je préfère au maximum qu'il y ait (...) des salaires qu'on accepte de momentanément baisser plutôt que des licenciements, parce que, parfois, on met des années à revenir vers un emploi", a assuré le chef de l'Etat. "Ça ne doit pas être du chantage", a-t-il cependant prévenu. 

Des masques bientôt obligatoires, la France prête à une seconde vague. Alors qu'un certain relâchement est observé chez les Français en matière de gestes barrière contre le coronavirus, Emmanuel Macron a annoncé que le gouvernement prendrait bientôt des mesures. Il a ainsi souhaité que le masque soit "obligatoire dans tous les lieux publics clos" à partir du 1er août. "On le fait dans les transports, ça marche très bien, mais c'est un peu erratique dans les lieux publics clos (...) ça veut dire qu'il faut que les choses s'organisent", a-t-il argué. 

"Nous serons prêts" en cas de deuxième vague de l'épidémie", a-t-il aussi tenu à rassurer. "Nous avons à la fois les stocks et les approvisionnements qui sont sécurisés et nous avons l'organisation au plus près du terrain, qui permettrait de faire face à une recrudescence, si elle était là". Emmanuel Macron a également assuré que la rentrée de septembre serait "quasi normale" pour les écoliers, les collégiens et les lycéens. 

Au soutien de Gérald Darmanin. Le chef de l'Etat apporté son soutien à Gérald Darmanin, dont la nomination à l'Intérieur a suscité un tollé car il est accusé de viol. "D'abord, je respecte toujours l'émoi et la colère des causes justes. Et donc, la cause féministe, je la partage", a-t-il affirmé. "Mais aussi vrai que je crois à la force des causes justes, je pense que aucune cause n'est défendue, justement, si on le fait en bafouant les principes fondamentaux de notre démocratie. Je le dis pour un ministre, comme je le dirai pour qui que ce soit. Je suis aussi le garant de cette présomption d'innocence."

Le chef de l'Etat a débuté en évoquant les tensions qui ont émaillé les trois premières années de son mandat, avec notamment la crise des gilets jaunes. "La haine dans les discours et les violences ne peuvent être acceptées" dans une démocratie, a-t-il lancé. Le chef de l'Etat a ensuite rendu un hommage appuyé à Edouard Philippe, son ancien Premier ministre, démissionné début juillet. "Pendant trois années à mes côtés, il a dirigé avec beaucoup de courage, de loyauté, de détermination, le gouvernement pour agir et faire ce sur quoi je m'étais engagé vis-à-vis des Françaises et des Français", a-t-il affirmé. 

Un défilé militaire "a minima" à Paris

Avant cela, Emmanuel Macron a traversé le pont de la Concorde à bord d'un command-car militaire, depuis l'Assemblée nationale, rejoignant Jean Castex et les membres du gouvernement place de la Concorde, vers 10h40. C'est également dans ce véhicule qu'il a commencé un traditionnel passage en revue des troupes présentes, terminé à pied. La cérémonie "a minima" a commencé par un hommage prolongé au général de Gaulle, dont la mémoire est célébrée cette année à l'occasion d'un triple anniversaire: le 130ème de sa naissance, le 50ème de sa mort, et le 80ème de l'appel du 18 juin 1940, symbole de la Résistance.

La patrouille de France a ensuite survolé la place, dessinant son panache de fumée bleu-blanc-rouge, suivie par un défilé des avions et hélicoptères ayant, notamment, servi à transporter des malades pendant la crise du coronavirus, dans le cadre de l'opération résilience. Retrouvez ici notre reportage exclusif à bord de l'A330 Phénix, un avion ravitailleur de pointe, reconfiguré pendant la crise du Covid-19, mis à l'honneur lors de la cérémonie.

Un hommage rendu à la Nation et au personnel soignant

Après le défilé des différents bataillons au sol, soignants civils et militaires se sont mêlés autour du drapeau tricolore pour la Marseillaise, entonnée par le chœur de l'armée française en fin de cérémonie, avant d'être salués par Emmanuel Macron. Le président de la République a ensuite remercié les différents corps de métier présents dans le public réduit. 

Le dispositif avait été ramené à 2.000 participants et environ 2.500 invités, dont 1.400 représentant les Français en "première ligne" pendant l'épidémie : soignants, proches de soignants décédés du coronavirus, enseignants, caissiers, agents funéraires, policiers... "Nous sommes à la tribune présidentielle, avec ma maman et mes trois frères", a témoigné sur Europe 1 l'un des fils du médecin de campagne et lieutenant colonel des pompiers Olivier Schneller, mort du Covid-19 à 68 ans. "C'est très émouvant pour nous, on réalise un rêve grâce à notre papa." 

"Un défilé dont on se souviendra"

Carole, médecin généraliste en Haute-Marne a assisté au défilé. Et elle a apprécié. "C'était assez émouvant, très solennel. Ça fait plaisir d'être mis à l'honneur, et en même temps, je pense qu'on a fait notre métier, notre mission, mais c'est bien que ça ait été reconnu par le président et les ministres", a-t-elle commenté au micro d'Europe 1. "C'était important, oui. S'il n'avait pas fait ça, je pense que la profession aurait quand même été déçue. C'était un 14-Juillet très particulier et avec un défilé tout à fait inhabituel. Je pense que c'est quelque chose dont on se souviendra". 

Et en province ? Plusieurs cérémonies militaires sont maintenues, mais en format réduit. À Bordeaux, le défilé aérien avec "passage de l'hélicoptère Caracal" de transport militaire "et des Alpha Jets" aura bien lieu, selon la préfecture. À Lille, le défilé sera remplacé par "une cérémonie en hommage à celles et ceux mobilisés et en première ligne lors de la crise sanitaire". Tout comme à Marseille, où une cérémonie statique, regroupant soignants civils et militaires, sera organisée au Parc Borély.

Des milliers de soignants (mais pas que) ont aussi manifesté pour l'hôpital public

Plusieurs milliers de personnes ont également manifesté mardi à Paris et en région à l'appel d'une dizaine d'organisations syndicales, dont SUD et la CGT, pour dénoncer les accords conclus lors du "Ségur de la santé", jugés insuffisants face aux besoins de l'hôpital public, notamment face à l'épidémie de coronavirus. À Paris, la manifestation a rassemblée plusieurs milliers de personnes, depuis la place de la République jusqu'à celle de la Bastille. Le défilé était organisé quelques heures après la cérémonie d'hommage aux personnels soignants, place de la Concorde, dans le cadre des célébrations du 14-Juillet. Parmi les manifestants, certains venaient d'un rassemblement organisé par des "gilets jaunes" devant l'Inspection générale de la police (IGPN) afin de dénoncer les violences policières. On vous donne tous les détails sur ces manifestations dans notre article par ici

Un feu d'artifice sans public

Un feu d'artifice sera bien tiré vers 23 heures dans la capitale, depuis la Tour Eiffel, mais sans public, tout comme pour le concert de Radio-France sur le Champ-de-Mars, qui aura lieu à huis clos. "Une large zone d'exclusion sera mise en place autour du site afin d'assurer la sécurité du feu et de prévenir tout éventuel attroupement de personnes", explique un communiqué de la préfecture de police et de la Ville, invitant les Parisiens "à suivre la retransmission télévisuelle du feu d'artifice". 

Les feux d'artifices annulés dans de nombreuses villes

Dans la plupart des villes de France, les célébrations de la Fête nationale sont réduites en raison des restrictions sanitaires, mardi soir. A Lille, Lyon, Strasbourg, Bordeaux ou encore Marseille, les traditionnels feux d'artifice sont annulés "dans une volonté d'assurer la tranquillité publique et de limiter les rassemblements, en raison de la situation sanitaire liée au Covid-19", explique notamment la mairie de Lyon. D'autres communes comme Le Mans ont décidé de maintenir un feu d'artifice mais de limiter le nombre des spectateurs, qui devront respecter strictement les mesures barrières. 

À Brest et Auray, dans le Morbihan, des spectacles de rue remplacent les habituelles fusées multicolores. À Pau, ça sera un lâcher de lanternes "biodégradables et ignifugées" et à Strasbourg, un pique-nique participatif est prévu mardi en bordure du Rhin. À Nice, où il n'y a plus de feu d'artifice tiré le 14 juillet depuis l'attentat qui a fait 86 morts sur la Promenade des Anglais en 2016, une cérémonie d'hommage aux victimes "sobre et intime" et "réservée aux familles" aura lieu dans la matinée à la villa Massena, qui abrite un mémorial provisoire.

Europe 1
Par Margaux Lannuzel et Rémi Duchemin, avec AFP