Tests, vaccins… Comment le Covid-19 a bouleversé le métier de pharmacien

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Environ 20% des clients qui franchissent chaque jour la porte d'une officine posent des questions sur le coronavirus. 3:30
Environ 20% des clients qui franchissent chaque jour la porte d'une officine posent des questions sur le coronavirus. © AFP
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Invité de "La France Bouge", Pierre-Xavier Frank, directeur général du groupe Giphar, revient sur les transformations du métier de pharmacien provoquées par la crise du coronavirus. Entre le manque de tests antigéniques et la rupture annoncée des stocks du vaccin contre la grippe, les officines sont sur le gril. 
ANALYSE

Ce n'est un secret pour personne : le coronavirus transforme nos vies. Passée la pénurie des masques et du gel hydroalcoolique lors du (premier) confinement, le reconfinement décidé par Emmanuel Macron il y a deux semaines a de nouveau propulsé les pharmaciens au cœur de la crise. Sur le front, ils sont en quelque sorte le phare de tous ceux qui ont besoin de conseils. Entre les demandes de dépistages du coronavirus et la campagne de vaccination contre la grippe, les officines voient leurs habitudes à nouveau bouleversées. Invité de "La France Bouge", Pierre-Xavier Frank, directeur général du groupe Giphar - qui rassemble 1.350 officines - revient sur "le renforcement du rôle du pharmacien" et sur ces changements, au micro d'Europe 1. 

De plus en plus de personnes demandent des conseils sur le coronavirus

Sur les "150 personnes qui entrent chaque jour en moyenne" dans une pharmacie du groupe Giphar, "une trentaine au bas mot viennent pour parler du coronavirus", indique Pierre-Xavier Frank. Soit environ 20% des clients. Mais en plus d'évoquer la maladie et de demander des conseils, les "patients veulent aussi qu'on leur parle des tests antigéniques, et donc de les faire". 

Car depuis désormais une semaine, ces tests antigéniques, qui permettent d'avoir un résultat en quelques minutes seulement sont disponibles en pharmacie. Une aubaine pour les Français qui veulent se faire dépister. Mais bémol, pour l'heure seules "5% des officines de l'Hexagone en propose aujourd'hui", pointe le spécialiste. Une faible proportion, alors que les arrêtés autorisant les tests antigéniques dans les pharmacies sont parus il y a environ un mois.

Des tests antigéniques qui se font attendre dans les officines

"Il ne s'agit pas simplement de dire 'ok' et d'appuyer sur un bouton pour que les 21.600 pharmacies de France puissent du jour au lendemain décliner ces modalités opérationnelles", rappelle Pierre-Xavier Frank. S'il "n'y a pas véritablement de problème pour alimenter les pharmacies" avec ces tests antigéniques, il faut donc prendre son mal en patience pour voir une "montée en puissance" du dispositif. "Dans les prochaines semaines, on devrait monter en théorie jusqu'à 50-60%" des officines, estime le spécialiste.

Vers une rupture de stock du vaccin contre la grippe 

Mais la crise du coronavirus n'est pas le seul front sur lequel doivent se mobiliser les pharmaciens. Car l'approche de l'hiver signifie également le retour de la grippe saisonnière, qui fait des milliers de morts chaque année (3.700 en 2019, selon Santé publique France). Alors pour éviter que de nouveaux patients viennent garnir les lits d'hôpitaux, déjà au bord de la rupture à cause de la deuxième vague de coronavirus, "les pouvoirs publics ont mené une campagne de communication très active pour inciter les Français à se faire vacciner". 

Revers de la médaille, "aujourd'hui 70% des pharmacies sont à sec", indique Pierre-Xavier Frank. Une situation qui s'explique en partie par la "segmentation" des livraisons, mais aussi parce que seules 8,5 millions de doses, sur les 13 millions prévues, ont été livrées. 

La "très belle victoire" de la vaccination

Reste que la pénurie du vaccin contre la grippe est prévue pour début décembre. À partir de cette date, il faudra donc puiser dans les fameux stocks d'État. Et si la rumeur évoque quatre à cinq millions de doses disponibles dans cette réserve, "a priori, personne n'est capable de donner le chiffre précis", pointe Pierre-Xavier Frank.

Néanmoins, malgré les mois difficiles qui s'annoncent pour les pharmaciens, le directeur général du groupe Giphar veut voir du positif dans cette situation. Alors que la France "fait partie des pays les plus réfractaires au monde aux vaccins", le spécialiste voit "un empressement de la population à se faire vacciner". Et "quelque part, c'est une très belle victoire".

Europe 1
Par Ugo Pascolo