Dans les rues du monde entier, la convergence des générations

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© Europe1
L'air du temps est une chronique de l'émission Le grand journal du soir - week-end
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Chaque dimanche soir, François Clauss conclut les deux heures du Grand journal de Wendy Bouchard avec une mise en perspective toute personnelle de l'actu.

Y aurait-il deux mondes militants totalement irréconciliables ? Y aurait-il un mur infranchissable entre deux générations accrochées à leur propre combat ?

Y aurait-il d’un coté ce million de manifestants à l’ancienne, regroupé derrière une banderole, un slogan, un leader, encadré par un service d’ordre et conforté par un préavis de grève, espérant par la seule puissance de la mobilisation, faire pression et gagner ?

Et y aurait-il de l’autre coté des groupuscules vêtus de jaune ou de noir, sans slogan ni banderole, sans autre mot d’ordre que de brûler une banque ou de fracturer une vitrine espérant par la seule violence tout changer ?

Y aurait-il d’un côté le monde de la conscience idéologique, des partis et des syndicats, exprimant le besoin de lutter ensemble pour se protéger ? Y aurait-il en face le monde 2.0, des réseaux sociaux, de la génération plus rivée à un écran qu’à un slogan scandé dans la rue, empli de rage non canalisée ?

Y aurait-il ceux qui ont 50 ans et qui votent face à ceux qui ont 20 ans et qui like ?

Amer constat

Constat très amer Wendy, mais étayé, il faut bien l’admettre, par les images d’actualités de ces dernières heures. Étayés aussi par la réalité de l’histoire sociale française de ces dernières décennies quand dans les années 80, il suffisait de manifester en nombre pour sauver l’école libre. Quand dans les années 90, il suffisait de manifester en nombre pour sauver le système des retraites.

Ce monde-là et ses syndicats ou partis laminés, qui n’a plus rien gagné depuis 1995, et qui vit émerger stupéfait des bonnets rouges, des zadistes, des gilets jaunes, un monde qui en 2018, après une improbable mobilisation sur internet, alla jusqu’à s’attaquer physiquement aux plus hauts symboles et de la République et qui obtint à l’arrivée du pouvoir une enveloppe de 11 milliards d’euros ? 

Constat amer étayé également par le dernier et magnifique film de Robert Guédiguian « Gloria Mundi », quand l’emploi devenu précaire devient un principe de survie, quand l’uberisation de la société vient broyer ce qu’il reste de solidarité collective et plus grave encore, de morale collective.

Jeunesse 

Mais cette entraide qu’Ariane Ascaride appelle de ses vœux avec désarroi sur l’écran de cinéma ne ressort-elle pas aussi, Wendy, des images d’actualité des dernières heures. Lorsque l’on découvre ces milliers de lycéens et d’étudiants si peu motivés par le combat opaque, lointain et tellement syndical des retraites, prendre la tête des cortèges de plusieurs manifestations,

Lorsque l’on voit ces dizaines de milliers de jeunes, mobilisés vendredi dans les rues madrilènes au moment où débute la COP 25, entraînant des anciens dans leur sillage. Eux qui ont déjà fait le choix, loin des banderoles et des syndicats, de changer de vie, de consommation, d’alimentation, donnant à tous une leçon de ce qu’est un vrai combat pour changer le monde.

Lorsque l’on voit aussi l’ancien, le célèbre photographe Yann Arthus-Bertrand, 73 ans, qui a sillonné la planète avec ces si dispendieux hélicoptères annoncer cette semaine qu’il ne prendra plus jamais l’avion, ne verra plus jamais la terre du ciel, convaincu par celle qui pourrait-être sa petite fille, Greta Thunberg.

Lorsque l’on voit aussi, Wendy, ces jeunes femmes à Santiago du Chili mobilisées sur les réseaux, qui éprouvèrent le besoin de descendre ensemble dans la rue, d’improviser une spectaculaire chorégraphie, entraînant derrière elles grâce à une simple vidéo le monde entier, toutes générations confondues, dans leur combat contre les violences.

Convergence des générations

Cela peut vous paraître un peu loin, Wendy, de ce qui se joue en ce moment dans les rues de France, autour d’un système de retraite dans un combat à l’ancienne. Peut-être pas tant que ça finalement ….

Et si de Santiago à Paris, en passant par Alger (de nouveau envahie hier par une marée humaine) ce n’était pas tant à une convergence des colères à laquelle on assistait mais à une convergence des générations, attelant le combat sur le net et le combat dans la rue, le combat 2 .0 et le combat des banderoles, portée d’un besoin vital d’équité. Qu’il s’agisse de vivre avec sa retraite ou de survivre sur sa planète.