La charte alimentaire du CSA est-elle contraignante ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Aurore Bergé affirme que la charte du CSA alimentaire du CSA est contraignante.

Vrai-Faux : les publicités pour les aliments malsains restent autorisées dans les programmes Jeunesse.

Les députés de la majorité ont rejeté un amendement visant à interdire ces réclames ciblées sur les enfants, et faisant la promotion de produits gras, salés, ou sucrés. Alors que l’obésité progresse, notamment chez les jeunes, le sujet était débattu dans le cadre du projet de loi sur l’Alimentation. La majorité craint de fragiliser les professionnels : la député en Marche Aurore Bergé pense qu'ils peuvent s’autoréguler.

"Le CSA a mis en place une charte alimentaire, elle rassemble aujourd’hui trente-sept acteurs de l’audiovisuel. Cette charte est contraignante, car le CSA peut leur infliger des sanctions lourdes de conséquences pour eux".

La charte alimentaire du CSA est contraignante. Vrai ou Faux ?

C’est faux. Cette charte n'est absolument pas contraignante, et aucune sanction, jamais, n'a été infligée : c'est le principe même de ces engagements que les groupes alimentaires et les chaînes de télévision ont signés en 2009. Pour pouvoir continuer à diffuser ces publicité, ils ont promis en contrepartie de financer des programmes faisant la promotion du sport, et des bonnes pratiques alimentaires. Le volume horaire de ces programmes, depuis, a été multiplié par 5, et c'est une bonne chose, mais les pubs vantant la malbouffe, elles, sont restées. Pire : elles augmentent, selon les dernières données de Santé Publique : l'argent dépensé en pubs pour les produits gras, salés, sucrés, est passé de 2,2 milliards en 2008, à plus de 3 milliards 5 ans plus tard, et elles inondent les programmes jeunesse : 90% des publicités alimentaires diffusées sur TFOU, LUDO, M6Kid sont pour des produits malsains. Et les règles d'éthique sont rarement appliquées : c’est toujours Dora l’exploratrice qui emmène les enfants chez Quick, on leur promet des jouets dans leur boîte de Kellogg’s. Des techniques de manipulation que l'OMS dénonce. Pourtant le CSA n’y trouve rien à redire.

Est-ce qu’interdire les pubs pour les enfants serait plus efficace ? D’autres pays l’ont fait, ça ne marche pas.

Parce que le plus souvent, ils les ont interdites UNIQUEMENT dans les programmes jeunesse. Comme vient de le faire France 2 en France. Cela ne sert à rien, parce que les enfants, en réalité, passent beaucoup plus de temps devant des programmes familiaux que devant leurs dessins animés. Ils regardent Fort Boyard (19,7% du public a moins de 14 ans), Koh Lanta :  805.000 enfants étaient devant le programme chaque vendredi soir, en moyenne, en 2018. Et là, aucune charte ne s’applique, et ils sont matraqués de pubs. Or de nombreuses études l’ont prouvé : il suffit d'un seul spot publicitaire pour que les enfants se jettent sur des cochonneries : ils augmentent de 84% à 130% les quantités consommées. L’institut britannique de recherche contre le cancer a calculé que les enfants soumis à une seule pub par jour augmentaient leur apport de 350 calories par semaine. Les industriels le savent : s’ils injectent, en France, plus de 50 millions d’euros chaque année dans des publicités pour ces produits ciblées spécifiquement sur les enfants, c’est parce que c’est efficace. C’est pourquoi des voix s’élèvent, en Angleterre comme dans de nombreux pays, pour interdire intégralement ces pubs ciblées sur les enfants jusqu’à 21 heures, qui est l’heure théorique du coucher des enfants. Un seul pays, pour l’instant, a osé le faire : la Corée du Sud, et le volume de publicités a considérablement baissé.