Les grilles de la sécurité sociale sont-elles plus laxistes que les médecins ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Selon Jean-Paul Hamon président de la fédération des médecins de France : "Ils nous sortent des grilles, et après ils nous tapent dessus si les arrêts de travail augmentent ; alors que les grilles de la sécurité sociale sont infiniment plus laxistes que ce que nous on peut faire." C'est faux.

Le Vrai Faux, Géraldine Woessner, et l’inquiétante hausse des arrêts maladie.

Alors que la Sécu cherche des économies, le nombre d’arrêts de travail ne cesse d’augmenter. Les dépenses d’indemnités journalières ont bondi de 4,4% l’an dernier, à plus de 10 milliards d’euros, et la tendance se poursuit. L'Assurance Maladie veut responsabiliser les médecins, qui s'agacent. Jean-Paul Hamon préside la fédération des médecins de France.
"Ils nous sortent des grilles, et après ils nous tapent dessus si les arrêts de travail augmentent ; alors que les grilles de la sécurité sociale sont infiniment plus laxistes que ce que nous on peut faire."

Les grilles de la sécurité sociale sont plus laxistes que ce que pratiquent les médecins. Vrai ou faux ?

Ce n’est pas vrai, non. On peut le vérifier car ces documents sont publics : depuis 2009, pour freiner la hausse des arrêts maladie, la sécu a créé des fiches repères pour les pathologies les plus courantes, qui mentionnent des durées indicatives d’arrêt de travail :  3 jours pour une gastro,  5 jours pour une grippe,  pour une lombalgie, par exemple, la fiche préconise le minimum, de zéro à 5 jours.  Or cette pathologie représente 30% des arrêts de travail de plus de 6 mois. Le but de la sécu, c’était de mieux orienter les médecins, de les aider surtout, face à leurs patients qui exigent parfois des arrêts plus longs, avec ces fiches ils peuvent dire : "ah ben non ! une gastro c'est 3 jours, je peux pas vous donner plus…" Le problème c’est qu’il y en a peu, de ces fiches : 67, et elles ne couvrent, en réalité, que 15% des dépenses d'arrêts maladie.

Et c'est ce qui est un peu absurde dans ce débat: certains médecins oui, peuvent s’améliorer. Les plus gros prescripteurs d'arrêts sont déjà suivis par l’Assurance Maladie, mais cela n’a pas permis pas pour l’instant, de vraies économies. Et c’est normal : l’inflation des arrêts a des causes plus complexes.

Lesquelles ?

Pour comprendre, il faut avoir une donnée en tête. Ce qui coûte cher, ce ne sont pas les cas les plus classiques. Plus de 60% des arrêts de travail prescrits en 2015 duraient moins de 14 jours, mais ils n’ont représenté que 9% des dépenses totales. Alors que ceux de plus de 6 mois. 6% des arrêts totaux, 400 000 dossier, en ont avalé près de la moitié (44%) et c’est une tendance qu’on voit s’accentuer.

Il y a plus d'arrêts de travail parce que l’activité reprend, mais la part qui explose vraiment, ce sont les arrêts longs. Parce que l'âge de la retraite a été repoussé, or les arrêts prescrits au-delà de 60 ans sont 4 fois plus longs. Et parce qu’on voit augmenter certaines pathologies. Les troubles musculo-squelettiques, les problèmes de santé mentale : dépression, anxiété, troubles de l’humeur représentent, à eux seuls, 56% des arrêts de plus de 6 mois. Les méthodes modernes de management affectent les employés. Ce sont des maux de l'époque que la Sécu ne sait pas vraiment comment aborder.