Le pouvoir d’achat des fonctionnaires recule. Vrai ou Faux ?

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Philippe Martinez, patron de la CGT, dénonce un pouvoir d’achat pour les fonctionnaires en baisse. Vrai ou faux ?

Alors que le gouvernement prépare son budget pour 2019, la chasse aux économies est lancée. L’État doit diviser par trois la hausse de ses dépenses l’an prochain, sans réforme structurelle d’envergure qui ne viendront que plus tard. Les 5 millions et demi d’agents de la fonction publique selon donc mis à la diète, le point d’indice des fonctionnaires restera gelé. Philippe Martinez, patron de la CGT dénonce un pouvoir d’achat en baisse.

"C’est une mauvaise nouvelle, cela veut dire que le pouvoir d'achat des fonctionnaires va de nouveau reculer. En sept ans, il n'y a pratiquement pas eu d'augmentation générale des salaires".

Le pouvoir d’achat des fonctionnaires va de nouveau reculer. Vrai ou Faux ?

Non. Il ne devrait pas reculer, comme il n’a pas reculé ces dernières années, en dépit du gel du point d’indice. Philippe Martinez joue sur une confusion classique, que font systématiquement les syndicats : ils ne retiennent dans leurs calcul que le seul point d’indice, qui est la base de traitement des fonctionnaires, et son calcul est simple : ce point a augmenté depuis 2000 deux fois moins vite que l’inflation, la perte de pouvoir d’achat serait donc massive.

Sauf que, ce calcul néglige complètement les autres éléments de rémunération. Les primes d’abord, 22,6% du salaire d’un fonctionnaire aujourd’hui. Ce n'est pas pris en compte. Les évolutions de carrière, l’ancienneté. La garantie de compensation de l’inflation, que touchent ceux qui risquent de perdre du pouvoir d’achat. L’accord sur les salaires, conclu avec le gouvernement précédent, et va coûter 840 millions l’an prochain.

Bref : si l’on prend ces éléments en compte : le pouvoir d’achat des fonctionnaires a augmenté, plus vite que pour les salariés du privé jusqu’en 2010, puis cela s’est inversé avec le gel du point d’indice. Ce point a été revalorisé deux fois, en 2016 et 2017 et, selon la dernière note de l’Insee, les salaires sont restés dynamiques dans la fonction publique. Le salaire moyen par tête a augmenté de 1,3% l'an dernier, inflation prise en compte. Une hausse plus modeste, devrait se poursuivre en 2018.

Les syndicats le disent, ils craignent un décrochage par rapport au privé.

En cela oui, ils ont raison. Les coups de pouce cette année, ne leur profitent en rien. Les salaires dans le privé, avec les baisses de charge, vont fatalement augmenter davantage que ceux des fonctionnaires, qui souffrent en plus de disparités. La situation n’est évidemment pas la même selon qu’on est en début ou en fin de carrière, dans la fonction publique d’État ou hospitalière, où les salaires restent bas, cadre ou non, un cadre du public gagne, en moyenne, 20% de moins que dans le privé.

Pour l’instant le gouvernement ne propose que des mesures très ponctuelles, un coup de pouce sur les frais de missions, l’indemnité kilométrique, en attendant une remise à plat du système de rémunérations, plus axées sur le mérite, ciblées sur certains secteurs, comme l’hôpital. L’objectif est clairement, de réduire la voilure avant de réfléchir à de vraies augmentations et le bras de fer, en ce sens, n’en est qu’à son début.