Le solde migratoire est-il nul en Europe ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Selon le philosophe et essayiste Bernard-Henry Lévy, il n'y a pas de crise des migrants en Europe car le solde migratoire est nul. C'est faux, il est largement positif depuis des années. 

Vrai-Faux : le solde migratoire est-il nul en Europe ?

Le mini-sommet organisé dimanche entre 16 pays à Bruxelles n'a rien apporté de concret, et les débats virent à la cacophonie entre ceux qui souhaitent organiser l'accueil des migrants et ceux qui s'y opposent. Pour Bernard Henry Lévy, invité du grand rendez-vous d'Europe 1 dimanche, les crispations de certains contre les migrants sont la marque d’une "décomposition intellectuelle" qui n’a rien d’objectif.

"Il n’y a pas de crise des migrants. Le solde migratoire est nul : la balance entre les gens qui quittent l'Europe et ceux qui arrive est à peu près à 0."

Le solde migratoire est nul en Europe. Vrai ou faux ?

C’est faux. Le solde migratoire est au contraire largement positif en Europe, et depuis des années. La commission tient des statistiques précises : la dernière fois que ce solde a été négatif, c’était en 1984, cela ne s’est jamais reproduit depuis. Et pour vous donner une idée des ordres de grandeur : la population européenne a augmenté de 35 millions d’habitants depuis 1990 : 77% de cette augmentation est due au seul solde migratoire. Qui n'est pas un outil, d'ailleurs, pour évaluer l'immigration, puisqu'il fait une moyenne entre les étrangers et les natifs de l'Europe qui s'en vont, et ceux qui arrivent.

On distingue quelques grandes périodes. En moyenne, les entrées nettes en Europe, qui étaient d’environ 200.000 par an dans les années 1980, ont plus que triplé dans la décennie 1990 (autour de 750.000), puis encore doublé la décennie suivante : le solde migratoire était d’un million et demi en moyenne, pendant toutes les années 2000. Cela s’explique par différentes crises : celle des Balkans, les guerres d’Irak, d’Afghanistan. La crise économique a marqué un recul, mais depuis 2010, le solde migratoire en Europe est positif, en moyenne, chaque année, d’1,2 million.

Et deux éléments apparaissent, qui éclairent la crise actuelle.

Les différences sont marquées entre les pays, où les moteurs des évolutions démographiques ne sont pas les mêmes. Jusqu’en 1992 globalement, le solde migratoire n’est qu’un élément de l'accroissement des populations en Europe : la natalité reste le principal moteur. Mais le recul de la natalité se poursuivant, la tendance s'est inversée, et depuis 2015, pour la première fois, le solde naturel (la différence entre les naissances et les décès) est nul en Europe, voire négatif : il meurt davantage d’Européens qu’il n'en naît. En 2015 et 2016 (dernières statistiques disponibles), la population en Europe n'a augmenté qu’à cause de l'immigration.

Mais ce n'est pas le cas partout. En France par exemple, la natalité reste dynamique, mais en Pologne, en Allemagne, en Italie, on ne fait plus assez d’enfants pour compenser le solde migratoire. Et la plupart des pays de l'Est, qui ont accueilli peu de migrants, connaissent un déclin de leur population.

En revanche, Bernard-Henry Levy a raison de dire que la crise, telle qu’on en parle depuis 2015, semble derrière nous : les flux d’entrée de réfugiés dans l’Union ont considérablement baissé, avec moins de 200. 000 demandes d’asile enregistrées en 2017, soit plus de 5 fois moins qu’en 2015.