N'y a-t-il eu qu’une quinzaine d’évasions de prison en 2017 ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Selon Nicole Belloubet, il n'y a eu qu'une quinzaine d'évasions de prison l'an dernier. Mais si l'on prend en compte l'ensemble des évasions, comme celles des détenus qui ne rentrent pas de permission, c'est faux. 

Vrai Faux : la sécurité des prisons en question après l’évasion de Redouane Faïd.

L’enquête devra déterminer d’éventuelles défaillances au sein de la prison d’où le braqueur s’est évadé. La ministre de la Justice a gardé son sang-froid lundi, minimisant l’aspect sécuritaire. Les évasions selon elle, restent extrêmement rares.

"Les établissements pénitentiaires sont quand même des établissements très surveillés, en 2017 il y a eu une quinzaine d’évasions de personnes qui sont en détention, donc on ne peut pas dire que ce soit vraiment quelque chose de courant, et c’est heureux."

Il n’y a eu qu’une quinzaine d’évasions l’an dernier. Vrai ou faux ?

Cela dépend de quel type d’évasion on parle. Si l’on ne retient que les tentatives de s’enfuir de centres fermés, alors oui : l’administration pénitentiaire en a recensé 15 l’an dernier, contre une trentaine en 2014. Cela reste un nombre important (deux fois plus élevé qu’en Allemagne ou en Italie), mais cela s’améliore, parce qu’il y a eu quelques efforts. Les transferts de détenus sont mieux organisés, et on a dépensé plus pour sécuriser les établissements, surtout depuis 2015. Des filins de protection ont été installés dans les 6 maisons centrales du pays, et toutes les maisons d'arrêt d'Île de France (il y en a huit) en sont maintenant pourvues.

Le problème, c'est que ces aménagements ne sont pas généralisés, et qu'ils sont pour certains déjà obsolètes : seuls un quart des 800 brouilleurs installés à grand frais pour bloquer les téléphones sont opérationnels, et les filins souvent ont des mailles trop larges pour bloquer les colis qu’on envoie aux détenus de l’extérieur. Plus de 33.000 portables ont été saisis dans les prisons l’an dernier, soit trois fois plus qu’en 2010. Il faut noter aussi que le chiffre qu’agite la ministre en masque un autre : si l’on prend en compte l’ensemble des évasions (les détenus qui ne rentrent pas après une permission ou qui fuient leur milieu ouvert), la hausse est constante : 916 personnes ont été condamnées pour cela par les tribunaux en 2016, soit 26% de plus qu’en 2014.

Et pour les syndicats, c’est clairement une question de moyens.

Même s’il y a clairement un défaut d’organisation (Redouane Faïd aurait dû être transféré plus tôt dans un autre établissement, de Haute sécurité, étant donné son profil), la question des moyens, oui, se pose. Cette année (en 2018), 22 millions et demi d’euros seront dépensés pour sécuriser davantage les établissements pénitentiaires, dont 15 millions pour de nouveaux systèmes de brouillage et 5,6 millions pour rénover la vidéo-surveillance. Mais le personnel ne suit pas.

Les recrutements de surveillants prévus d’ici 2022 ne sont pas à la hauteur : ils ne suffiront même pas à couvrir le taux de vacance des postes (les absences). La France, avec 1 surveillant pour 2,46 détenus en 2017, garde l’un des pires taux d’encadrement d’Europe. Or pour faire du renseignement, pour fouiller, il faut du personnel, la technologie ne peut pas tout. D’où la grande lassitude des syndicats qu'on entend s'exprimer depuis dimanche.