La cigarette freine-t-elle le tourisme en France ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Selon Gérard Audureau, président de l'association "Les Droits des non-fumeurs", une enquête a prouvé que les touristes étrangers fuient la France à cause de la cigarette. C'est faux. 

Vrai-Faux : La cigarette freine-t-elle le tourisme en France ?

En interdisant la cigarette dans ses parcs et jardins publics le 1er juillet, Strasbourg fait figure de pionnière. Le président de l’Association "Les Droits des non-fumeurs", Gérard Audureau, applaudit, et regrette qu'on n'aille pas plus loin, en interdisant de fumer sur les terrasses ouvertes, par exemple.

"Bon nombre de personnes ne vont pas aux cafés ou aux restaurants à cause de ça. Pour les étrangers, une enquête importante de Trip Advisor a prouvé que les visiteurs étrangers refusent la France à cause de ça. C’est leur première raison de refus."

C’est faux. Et l’étude que cite Monsieur Audureau, non seulement n’est pas du tout importante (elle a été conduite auprès de 1.400 utilisateurs du site internet, qui ne sont pas représentatifs), mais surtout, les questions ont été posées en 2006, il y a plus de 10 ans, avant que la cigarette soit interdite, en France, dans les lieux publics. Donc à l’époque, on fumait dans les restaurants, les hôpitaux, dans les trains. Sans surprise, un quart des sondés trouvaient la France enfumée.

Entendu sur europe1 :
Ce dont les touristes se plaignent, c’est de l’état peu reluisant de nos transports publics, de l’ouverture restreinte des magasins, ou de l’accueil parfois rude de la population

Depuis, évidemment, tout a changé. Plus personne ne fume dans les halls d’hôtels ou les restaurants, et le cabinet TCI research, qui réalise tous les deux ans une enquête fouillée de satisfaction auprès des touristes pour le gouvernement, nous l'a confirmé : la cigarette, pour les visiteurs étrangers, n’est pas un sujet, cela n’est jamais remonté dans les entretiens réalisés sur près de 50 sites. Dans la dernière enquête qui vient d’être présentée, ce dont les touristes se plaignent, c’est de l’état peu reluisant de nos transports publics, de l’ouverture restreinte des magasins, ou de l’accueil parfois rude de la population.

Maintenant, cela ne veut pas dire que tout aille bien : à Paris, selon l'office du tourisme, les américains notamment se disent indisposés l’omniprésence de la cigarette, et seulement 30 établissements se sont inscrits sur l’application qui recense les terrasses non-fumeurs ("Ma Terrasse Sans Tabac"), sur 15.500 cafés et restaurants concernés. C'est dire à quel point fumer reste dans les mœurs.

Est-ce que ce type d’interdictions, dans les parcs ou sur les terrasses, a vraiment un impact ?

Oui. Dans les villes qui ont banni la cigarette des parcs, on observe un vrai changement des comportements. Parce que l'interdiction contribue à dénormaliser la cigarette. On intériorise l’interdit, on se sent coupable quand on l’enfreint, et à New York, à Boston, on le voit : le nombre de jeunes fumeurs a diminué, de même que la consommation. Donc couplé à d’autres politiques, sur les prix, la prévention, oui, cela a un impact.

Et c’est comme cela, d’ailleurs, que Strasbourg justifie sa démarche : en France le nombre de fumeurs reste élevé avec 27% de fumeurs quotidiens (contre 28% en 2007). Alors certes, on a réduit notre consommation, on fume moins de cigarettes par jour, mais le tabac reste socialement assez bien perçu. C’est cette perspective que l’interdit essaiera de changer.