Vrai ou Faux, le poulet subventionné européen déstabilise les marchés nord-africains ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Mercredi, le député La France Insoumise du Nord, Adrrien Quatennens déclarait, sur Europe 1, que le poulet subventionné européen déstabilisait les marchés nord-africains. Vrai ou faux ?

 

Alors que le président Macron se trouve en Afrique, le député de la France Insoumise Adrien Quatennens dénonce le double discours du Président : nos politiques empêchent le continent de se développer, selon lui. La preuve avec le poulet.

 

"​​Le poulet ​subventionné européen, ​qu​and il ​arrive sur le marché nord-africain, il coûte moins cher que le poulet qui court ​dans la basse-cour sur place".

 

Le Poulet subventionné déstabilise les marchés nord-africains : vrai ou faux ?

 

C’est faux. Dans son analyse, monsieur Quatennens a 20 ans de retard. Dans les années 1980 en effet, l’Europe, et la France surtout, se sont mis à produire des poulets surgelés destinés à l’export, lourdement subventionnés : ils ont inondé le marché du Moyen Orient.

Mais les accords de Marrakech, dès 1994, ont limité ces aides, et elles ont totalement disparu en 2013. Aujourd’hui, il n’y a plus un euro d’aide à l’exportation pour le poulet, pas de subventions propres, non plus, à la production (en dehors d’aides de crise).

Et aujourd’hui le poulet européen n’inonde pas l’Afrique du Nord, le Brésil nous a supplantés. Nos aides ne limitent pas le développement local : en Arabie Saoudite ou en Algérie par exemple, la viande de poulet coûte deux fois plus cher à produire, parce qu’il faut importer leur alimentation (maïs et tourteaux de soja), parce qu’il faut pomper l’eau des élevages, climatiser les bâtiments… La production locale est complexe, et elle a beaucoup de mal à être rentable.

 

C’est différent dans certains pays d'Afrique, qui eux souffrent clairement de la différence de prix. Le poulet importé au Ghana, par exemple, est 30 à 40% moins cher que le poulet local, et cela casse effectivement certaines filières, mais ce n’est pas une question de subvention.

 

C’est un problème de demande, et de structure de marché.

 

La viande de poulet est la première viande consommée au monde. Nous sommes autosuffisants en Europe, sauf que ce qu’on aime manger, dans nos pays du Nord (comme aux Etats-Unis), ce sont les filets, les pièces nobles.  Du coup nous importons, nous, du Poulet de Thaïlande ou du Brésil pour notre consommation, et nous exportons nos bas morceaux (les ailes, les cuisses), à très bas prix, vers les Philippines ou des pays d’Afrique.

Dans ces pays, l’offre répond à une demande croissante des urbains, des hôtels et fast-food, à de la viande prédécoupée : la filière du Ghana ne couvre que 18% de ses besoins.Si ses infrastructures étaient adaptées (et le coût de l’électricité moins élevé), cette part pourrait sensiblement augmenter, mais si certains pays, comme l’Afrique du Sud pour se protéger, ont relevé leurs taxes, cela n’a pas encore aidé la production locale : les sécheresses sont trop fréquentes pour permettre une baisse réelle des coûts de production. Pour éviter des pénuries, il doivent importer.

La vraie question c’est : à quelle qualité ? Le poulet européen, sous ce rapport, est l’un des meilleurs. Nous avons des normes environnementales, et en terme de souffrance animale, beaucoup plus exigeantes que le Brésil ou la Thaïlande. Plus exigeantes également que l’Ukraine, dont le poulet produit dans des fermes gigantesque commence à gagner nos marchés européens… Au risque de déstabiliser nos propres filières.