Plan de relance : ce qu'il faut retenir des annonces du gouvernement Castex

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Le Premier ministre, entouré de plusieurs ministres, a présenté jeudi à Paris le détail du plan de relance de 100 milliards d’euros décidé par le gouvernement. L’objectif est clair : retrouver en 2022 le niveau économique d’avant la crise sanitaire liée au coronavirus. 
L'ESSENTIEL

Jour J pour Jean Castex. Après un report d'une semaine pour préparer au mieux la rentrée scolaire, le Premier ministre, entouré de plusieurs membres du gouvernement, a présenté jeudi à Paris le plan censé relancer l'économie française. Le gouvernement entend préparer la France de 2030 et aller au-delà du seul rebond de l'économie, durement frappée par la crise provoquée par la pandémie de coronavirus.

Le plan, chiffré à 100 milliards et intitulé "France Relance", comprend quelque 70 mesures autour de trois axes majeurs : la transition écologique, la compétitivité des entreprises et la cohésion sociale et territoriale. Europe 1 vous détaille les annonces du gouvernement. 

Un plan "d'une ambition et d'une ampleur historique", se félicite Jean Castex

Devant les journalistes en conférence de presse, Jean Castex a estimé que, "dès les premières heures de la crise" sanitaire, le gouvernement de son prédécesseur Édouard Philippe a fait preuve d'une "très grande réactivité pour protéger nos entreprises". "Un plan d'urgence de 470 milliards a été déployé en quelques jours", a-t-il rappelé. Le Premier ministre s'est félicité du montant du plan de relance présenté ce jeudi, "qui est d'une ambition et d'une ampleur historique", selon lui. "100 milliards, c’est près de quatre fois plus que le plan de relance qui avait été mis en œuvre en 2008", affirme le Premier ministre.  

Concernant le financement de ce plan de relance, Jean Castex a affirmé qu'il "n'y aura pas de hausse d'impôts". "Nous ne reproduirons pas l'erreur de procéder à des hausses de fiscalité qui affaibliraient notre croissance", a-t-il justifié.

L'effet sur la dette "presque entièrement résorbé à partir de 2025" 

Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a affirmé que ce plan de relance va permettre que la France "ressorte plus forte de la crise", alors que Jean Castex prévoit que l'effet sur la dette sera "presque entièrement résorbé à partir de 2025". "On en attend un très rapide retour sur investissement", a déclaré le chef du gouvernement, alors que la crise provoquée par l'épidémie de coronavirus va faire bondir la dette publique à près de 121% du PIB cette année.

Confiant, Bruno Le Maire a affirmé que la France "va arriver" à sortir de la crise. "La France sortira plus forte de la crise économique, avec une économie plus compétitive, plus solidaire, plus décarbonnée", a-t-il promis. 

"La priorité absolue, c'est l'emploi"

L'objectif du gouvernement est de retrouver en 2022 le niveau d'activité d'avant la crise et de commencer à voir baisser le chômage, quand il attend 800.000 suppressions d'emplois cette année. Jean Castex compte donc sur les entreprises pour s'engager "fortement pour l'emploi". "La priorité absolue, c'est l'emploi", a-t-il lancé devant les journalistes jeudi. "Nous souhaitons qu'un maximum d'entreprises bénéficient de ce plan", a-t-il poursuivi. "C'est tout le plan de relance qui est au service de l'emploi", a abondé la ministre du Travail Elisabeth Borne. 

Aussi, ce plan de relance sera un "bouclier anti-chômage", a expliqué Elisabeth Borne. Plus de sept milliards d'euros seront en effet débloqués pour éviter les licenciements dans les entreprises mises en difficulté par la crise, avec l'activité partielle de longue durée. 6,6 milliards d'euros sont dédiés au dispositif d'activité partielle de longue durée.

"Un pas de géant pour la transition écologique en France"

Trente milliards d'euros seront également consacrés au verdissement de l'économie. Un investissement qui représente "un pas de géant pour la transition écologique en France", s'est félicité la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili. "Les transports bénéficieront de près de 11 milliards d'euros au total, dont plus de la moitié pour le secteur ferroviaire, notamment pour les petites lignes et le fret, ainsi que les mobilités du quotidien", a-t-elle souligné.

"La France se donne les moyens industrielle et technologique d'atteindre la neutralité carbone en 2050", a lancé Barbara Pompili. "La transition agricole n'est pas oubliée avec un budget de 1,2 milliard d'euros, dont 350 millions d'aides pour développer une alimentation plus saine et plus locale". Près de sept milliards d'euros seront aussi alloués à la rénovation énergétique des bâtiments, serpent de mer des politiques écologiques, dont 4 milliards pour le parc public (écoles, universités, etc.) et 2 milliards dédiés aux ménages.

La filière hydrogène française s'est elle dite satisfaite après l'annonce d'une enveloppe de 7 milliards d'euros sur dix ans, saluant un changement d'échelle pour cette technologie utilisée dans l'industrie et les transports.

La compétitivité des entreprises au cœur du plan de relance

Pour réindustrialiser les territoires, le plan mise sur l'amélioration de la compétitivité des entreprises, avec 35 milliards d'euros mobilisés, dont 20 milliards pour baisser les impôts de production payés par les entreprises, malgré les protestations des collectivités qui en sont les principales bénéficiaires. Le reste de l'enveloppe soutiendra les fonds propres des entreprises que la crise a mis à mal, ou encore subventionnera la relocalisation d'activités et l'innovation dans des secteurs d'avenir, comme l'intelligence artificielle ou le calcul quantique.

Face à cette débauche de moyens pour les entreprises, le gouvernement veut montrer qu'il n'a pas oublié les ménages modestes et tous ceux menacés de perdre ou de ne pas trouver d'emploi. L'enjeu est de créer un climat de confiance, dit-on à Matignon. Ainsi, 35 milliards d'euros sont dédiés à la cohésion sociale et territoriale, incluant notamment 15 milliards de mesures en faveur de l'emploi, dont 6,7 milliards déjà annoncés cet été pour les jeunes. La ministre a ainsi rappelé plusieurs mesures du Plan jeunes, dévoilé en juillet, et notamment les 100.000 places supplémentaires en service civique, ainsi que les 300.000 parcours d'insertion.

"Au minimum" sept milliards pour le numérique

"Le numérique est un des piliers de ce plan de relance, comme l'environnement", a indiqué le secrétaire d'Etat chargé de ces questions, Cédric O. "Au minimum" sept milliards de l'enveloppe globale seront consacrés au numérique. Le plan de relance prévoit notamment un total de 3,7 milliards pour "les start-up et les technologies numériques stratégiques", dont 500 millions pour les levées de fonds des jeunes entreprises de la tech.

2,4 milliards d'euros seront consacrés à des plans spécifiques sur des "technologies numérique de rupture : le quantique, la cybersécurité, l'intelligence artificielle, le cloud (informatique dématérialisée, NDLR), la santé numérique, etc." Le gouvernement souhaite également que la France soit entièrement fibrée d'ici 2025. La fibre optique sera par ailleurs instituée comme "un service universel".

Avec deux milliards, "nous faisons beaucoup pour la culture dans ce plan de relance"

À cela s'ajoutent les six milliards d'euros d'investissement dans l'hôpital, ainsi que la revalorisation de l'allocation de rentrée scolaire et les aides aux collectivités. Aussi, "la culture joue un rôle" dans la cohésion sociale", a affirmé le Premier ministre. Le secteur bénéficiera de deux milliards, soit 2% du plan de relance. "Nous faisons beaucoup pour la culture dans ce plan de relance. On peut considérer l'inverse, mais c'est ce que je crois. La culture joue un rôle, dans la cohésion sociale et nationale, tout à fait particulier que nous devons valoriser au-delà des aspects strictement économiques de ce plan", s'est défendu Jean Castex.

Jean Castex a évoqué la responsabilisation des ministres à l'égard de ce plan. "Si la ministre de la Culture, qui est parfaitement servie dans ce plan, ne l'exécute pas complètement, on réallouera, par exemple, les crédits à la ministre de la Transition écologique. Mais je vous assure que Madame Bachelot gérera extrêmement bien son secteur".

Bayrou confirmé au haut-commissariat au Plan 

Jean Castex a confirmé jeudi la nomination de François Bayrou au haut-commissariat au Plan survenu le matin même en conseil des ministres. L'objectif est de renforcer les outils de prospective. Le Premier ministre a toutefois prévenu "qu'on ne reviendra pas à la planification des années 1950". Jean Castex n'a toutefois pas précisé s'il serait rattaché à Matignon ou à l'Elysée. 

Un milliard et demi pour les Outre-mer

"Les Outre-mer bénéficieront pleinement de #FranceRelance : 1,5 milliards € seront consacrés en 2021 et 2022 à des projets ultramarins prenant en compte les spécificités des territoires", a annoncé sur Twitter le ministre Sébastien Lecornu. 

La France présentera son plan à l'UE sans doute "courant octobre"

"Nous allons mettre en place un suivi de l’exécution de toutes les mesures pour garantir leur mise en oeuvre en toute transparence", a conclu le Premier ministre. Jean Castex a par ailleurs annoncé qu'il rencontrerait les présidents de région dès la semaine prochaine et le plan de relance sera à l'ordre du jour de "la prochaine conférence du dialogue social" en octobre.

Aussi, le Secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes, Clément Beaune, a expliqué que le plan serait aussi présenté "à nos partenaires européens", car 40 des 100 milliards seront des crédits européens. Une discussion qui doit intervenir "sans doute dans le courant du mois d'octobre". Le premier versement de ces crédits aura lieu "au début de l'année 2021".

Europe 1
Par Europe 1 avec AFP