Vaccins contre le coronavirus : de l’usine aux Ehpad, l’immense défi de la logistique

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© ANDER GILLENEA / AFP
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La campagne de vaccination contre le coronavirus a débuté dimanche en France. Durant cette première phase, les Ehpad ont été particulièrement ciblés. Aurélien Rouquet, spécialiste de la logistique, raconte le parcours des précieuses doses et les difficultés auxquelles sont confrontées les autorités.
INTERVIEW

Très attendu, le premier vaccin, celui de Pfizer-BioNTech, contre le coronavirus a commencé à être distribué en France. Et les premières injections ont eu lieu dimanche, avant une généralisation d’abord dans les Ehpad. Mais les particularités du produit, qui doit être conservé à -70 degrés sous peine de perdre son efficacité sous cinq jours, a donné à cette campagne de vaccination des airs d’immense défi logistique pour les autorités. Spécialiste en la matière, qu’il enseigne à la NEOMA Business School, Aurélien Rouquet raconte mardi sur Europe 1 les difficultés auxquelles sont confrontées les autorités.

"Si un problème apparaît à un maillon, on risque d'avoir des goulots d'étranglement"

Première difficulté donc : les conditions de conservation du vaccin. "On est sur des flux qui doivent être excessivement rapides, puisqu'une fois qu'on a sorti les doses des frigos, on a cinq jours pour vacciner les gens, donc c'est excessivement bref ", confirme Aurélien Rouquet. "La difficulté, c'est que si un problème apparait à un maillon, on risque d'avoir des goulots d'étranglement, d'avoir des produits qu'on n'est pas capables de mettre dans des frigos. Et c'est tout ce séquencement et cette synchronisation de la logistique depuis l'usine, en passant par les plates formes jusqu'aux pharmacies puis jusqu'aux Ehpad, qui sont compliqués à mettre en place."

Concrètement, les vaccins prévus pour la France sont produits dans l’usine de Puurs, en Belgique. C’est de là que partent les camions frigorifiques chargés de fournir les plus de 7.000 Ehpad répartis sur tout le territoire. "Depuis l'usine, on passe par un prestataire logistique qui va approvisionner une centaine d'établissements pivots, en général des hôpitaux, qui approvisionnent à leur tour les Ehpad et les unités de soins de longue durée. Et ça, ça représente 25% des flux", détaille Aurélien Rouquet. "On a un autre flux qui va passer par des dépositaires, qui vont stocker dans leur plateforme - six en France ont été prévues – qui disposent des congélateurs. Ces dépositaires vont ensuite faire des tournées pour livrer les pharmacies référentes qui approvisionnent les Ehpad, disséminées partout en France."

"Une complexité qui sera moindre" lors des phases 2 et 3

C’est quand ils quittent les hôpitaux ou les plateformes que la chaîne du froid est brisée, et que les doses doivent être inoculées avant cinq jours. D’où l’importance de bien préparer l’opération. Hors de question de prévoir des doses en trop grand nombre, ou de se heurter, au dernier moment, au refus des personnes à vacciner. "La difficulté, c'est d'avoir effectivement la bonne dose de vaccins pour vacciner les gens, en respectant bien sûr aussi le consentement", confirme Aurélien Rouquet." Donc ce qui est prévu, c'est de demander en avance dans les Ehpad le consentement pour avoir des prévisions qui soient les plus justes."

Mais pour le spécialiste, le plus dure sera passé après la première phase, car d’autres vaccins, moins fragiles, seront alors disponibles. "On a ici un produit qui doit être stocké à - 70°C, ce qui ne sera pas forcément le cas des autres vaccins. On a une stratégie qui a ciblé d'abord les Ehpad, ce qui ne sera pas forcément le cas des phases 2 et 3. Il faudra alors adapter la stratégie logistique", précise Aurélien Rouqet. "Et on aura sans doute aussi une complexité qui sera moindre, parce que l'on aura vraisemblablement des vaccins qui pourront se stocker dans des hautes températures, ce qui sera plus facile à gérer pour s'adapter à la demande."