"Je ne peux pas, ce n'est pas vivable" : la détresse des étudiants face à l'isolement

, modifié à
  • A
  • A
Le mal-être des étudiants rencontrés par Europe 1 semble atteindre des sommets. 1:25
Le mal-être des étudiants rencontrés par Europe 1 semble atteindre des sommets. © PIXABAY
Partagez sur :
Alors qu'Emmanuel Macron doit se rendre dans une université, ce jeudi, au lendemain de manifestations estudiantines, le mal-être des étudiants rencontrés par Europe 1 semble atteindre des sommets. Entre détresse et isolement, certains décident même de braver les règles, et de se rendre à la fac.
TÉMOIGNAGE

"J'ai fait des crises d'angoisse, des crises de nerfs à répétition." Lucas, étudiant en STAPS, vit mal de devoir suivre ses cours depuis des mois dans sa chambre de bonne de 9m². Un mal-être qu'il est loin d'être le seul à subir : mercredi, ils étaient des centaines à descendre dans la rue à Paris, Strasbourg, Lille, Toulouse ou encore Rennes pour dénoncer les effets dévastateurs de la crise sanitaire du covid-19 sur leur existence quotidienne. 

"Je ne peux pas, je n'y arrive pas"

"Je ne peux pas, je n'y arrive pas. Ce n'est pas possible, ce n'est pas vivable", tranche Lucas au micro d'Europe 1. Cet étudiant de Saint-Denis a donc trouvé une parade : chaque matin, il fait semblant. "Je fais comme s'il n'y avait pas de Covid, de confinement... rien du tout. Le matin, je prends les transports pendant 1h30 pour aller à la fac, je trouve un bureau pour suivre les cours sur mon ordinateur, et le soir je rentre chez moi." "Quand on vient en présentiel, inconsciemment, on se met en condition de travail", explique-t-il. 

S'il sait qu'il risque une amende pour non-respect du couvre-feu, il assure que c'est le seul moyen pour lui "d'assurer [son] avenir et de prendre soin de [sa] santé mentale".

"J'ai l'impression d'avoir perdu deux ans de ma vie, mes plus belles années"

Comme Lucas, Charlotte vit aussi très mal cette période. Étudiante en licence culture-communication à Lille, elle a décidé de respecter les restrictions gouvernementales mais a de plus en plus de mal à subir les cours à distance, les reports d'examen et l'isolement. "La première fois qu'on a été confiné, j'avais 17 ans. Aujourd'hui, je vais avoir 19 ans dans deux mois", témoigne-t-elle. "J'ai l'impression d'avoir perdu deux ans de ma vie, mes plus belles années : on m'a toujours dit que la vie étudiante, c'était les amis, les amours, les soirées... Nous, c'est larmes et Xanax." 

Une difficulté que vivent également les autres étudiants de sa classe. "Dans les Zooms [les cours à distance via l'application Zoom, ndlr], il y en a qui en viennent à lancer des messages dans le groupe en disant 'ce soir je me suicide', ou alors : 'il faut que quelqu'un me parle parce que là ça ne va vraiment pas du tout'". Une solitude qui pousse même certains à passer à l'acte, comme à Lyon début janvier.

"On ne sait pas où on va à part dans le mur"

Charlotte poursuit : "On en vient à se confier à des gens qu'on n'a jamais vu en vrai parce qu'on ne peut pas faire autrement. Je n'ai pas de vie sociale, je ne peux plus avoir de job étudiant parce que je travaillais dans l'animation. Je ne sais pas ce que je vais faire de ma vie parce que la culture n'existe plus... En fait, on ne sait pas où on va, à part dans le mur." Alors quand on lui demande si elle est prête pour un éventuel troisième confinement, sa réponse arrive immédiatement : "Pas du tout."

En attendant de savoir si la France va de nouveau devoir marquer un nouvel arrêt face au coronavirus, certains étudiants référents viennent en aide à leurs camarades pour lutter contre la solitude dans les résidences universitaires. C'est le gouvernement qui a mis en place ces jobs, au mois de novembre. Pour 300 euros par mois, ils appellent ou envoient des mails aux autres étudiants pour repérer les éventuelles détresses. Un atout précieux pour Kristelle Audet, directrice des résidences CROUS du 20ème arrondissement .de Paris

"Je me suis déjà mis par terre pour pleurer"

"Ce sont des relais précieux qui peuvent me donner leur sentiment et m'expliquer que certains étudiants ne vont pas bien", explique-t-elle au micro d'Europe 1. "Ils comprennent beaucoup mieux les problématiques puisqu'ils sont eux-mêmes étudiants."

Dans cette résidence parisienne, aucun bruit ne se fait entendre dans les couloirs. Tout le monde est derrière sa porte à écouter ses cours via Zoom. Alors forcément, ici aussi, c'est le contact physique qui manque le plus. Et quand Wilem ouvre sa chambre, les tapis colorés, les plantes et les guirlandes lumineuses au mur pour égayer n'y changent rien. "Je me suis déjà mis par terre pour pleurer parce que je me sentais mal." 

Face à cette détresse, Emmanuel Macron est attendu à l'université de Paris-Saclay, jeudi, pour discuter avec des jeunes de leur situation. De son côté, le Premier ministre Jean Castex a proposé de lancer un "chèque psy" pour permettre aux étudiants d'aller consulter un spécialiste pour évoquer leur mal-être. Mais face à l'ampleur du phénomène, il semble difficile pour le président de faire l'économie de nouvelles mesures de soutien pour cette partie de la population. Car s'il a martelé "c'est dur d'avoir 20 ans en 2020", la réalité semble prouver que cela est toujours vrai en 2021.

Europe 1
Par Virginie Riva, Lionel Gougelot, Pierre Herbulot, édité par Ugo Pascolo