Boris Cyrulnik : un troisième confinement serait "une agression psychique très importante"

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Invité mercredi matin d'Europe 1, le neuropsychiatre Boris Cyrulnik a estimé que les contraintes sanitaires subies depuis près d'un an par les Français pouvaient avoir des conséquences neurologiques importantes, notamment sur les personnes qui sont à des périodes charnières de leur vie, comme les adolescents.
INTERVIEW

La situation sanitaire reste précaire en France, et pourrait rapidement se dégrader face à l'apparition de nouveaux variants du Covid-19, plus contagieux. L'hypothèse d'un troisième confinement fait désormais son chemin au sein du gouvernement. Pour le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, qui publie Des âmes et des saisons chez Odile Jacob, ces longs moins de contraintes sanitaires, marqués par des périodes de desserrement puis de nouveaux tours de vis, laisseront une marque durable sur le moral de certains Français, même lorsque la crise sera complètement passée. "On sortira de ce virus en y laissant pas mal de plumes", a-t-il déclaré mercredi, au micro d'Europe Matin. 

"Un confinement est une protection physique contre le virus, mais une agression psychique très importante, c'est même une agression neurologique car c'est un isolement sensoriel", explique Boris Cyrulnik. "La première agression psychique a été la violence conjugale. 48 heures après le début du confinement, le 119 a été débordé", pointe-t-il. Autre population sur laquelle les confinements sont susceptibles d'avoir de graves conséquences : les adolescents. "Ils vont le payer très cher parce que l'adolescence est une période sensible de leur développement. Ils vont être bloqués pendant un an ou deux. Ils perdent leur temps à un moment où le cerveau construit ses circuits, à un moment où ils mettent sur orbite toute leur vie."

En l'absence de vie sociale, le cerveau n'est plus suffisamment stimulé

Selon ce spécialiste, le risque pour les adolescents est de voir leur cheminement vers la maturité émotionnelle, et leur vie de jeune adulte, considérablement retardée par les différentes périodes d'isolement et d'enfermement traversées au fil des mois. "Un cerveau a besoin d'une stimulation par la parole, les gestes, les mimiques, le déplacement, etc. S'il n'est pas stimulé, les synapses ne se connectent pas et le cerveau donne une impression d'atrophie", relève encore Boris Cyrulnik. Toutefois, la lecture, les écrans, et l'activité physique à domicile" peuvent offrir une forme de compensation.

À l'inverse, les plus jeunes sont ceux pour qui la crise sanitaire sera sans doute le plus vite oubliée : "Les petits enfants ne vont pas être très altérés puisqu'ils ont autour d'eux les bras de maman et les bras de papa. Ils se sont débrouillés", estime Boris Cyrulnik.

Europe 1
Par Romain David