Avec la crise du coronavirus, les hôpitaux européens voient diminuer avec inquiétude certains stocks de médicaments. (Image d'illustration) 1:34
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Virginie Salmen, édité par Romain David , modifié à
Face à l'afflux grandissant de malades, les principaux hôpitaux européens voient leurs stocks de médicament diminuer. Ils craignent d'avoir à faire face à des pénuries, notamment en ce qui concerne les produits anesthésiants. Ces établissements réclament désormais un plan d'urgence pour éviter des manques dont les conséquences, en pleine crise sanitaire, pourraient être dramatiques.

Les neuf plus grands hôpitaux d'Europe, dont l'Assistance publique-hôpitaux de Paris, tirent la sonnette d’alarme : ils seront bientôt à court de médicaments essentiels aux patients atteints du Covid-19 et placés en réanimation. Ces établissements ont écrit à leurs gouvernements respectifs pour réclamer des mesures d'urgence - au niveau européen – afin d’endiguer le risque de pénurie.

Du côté des hôpitaux français, il n’y pas encore de pénurie mais des stocks historiquement bas sur certains médicaments. Des chefs de service de réanimation décrivent une tension sur des médicaments comme les curares, qui servent à paralyser les muscles respiratoires pour pouvoir intuber les malades sévères. À l'hôpital Saint-Antoine à Paris, le professeur Bertrand Guidet surveille attentivement l'état des stocks : "On nous dit que les stocks ne sont pas énormes, et que les autorités activent la chaîne de production. Ce sont des médicaments absolument indispensables, pour lesquels il n’existe pas de substitut", explique-t-il.  Et d’ajouter : "Une pénurie de curare serait dramatique."

Adapter les traitements aux stocks restants

Et avec un tel afflux de patients dans un état grave, la consommation d'hypnotiques et de morphiniques, pour endormir les patients et soulager la douleur, n'a jamais été aussi forte. Anticipant une éventuelle pénurie, certains praticiens ont adopté une médecine de crise, comme le professeur Bruno Megarbane, chef de la réanimation de l'hôpital Lariboisière. "Nous devons affiner au mieux les dosages. Plutôt que de prescrire des doses stables, nous adaptons la posologie au fur et à mesure, ou mélangeons parfois deux médicaments dans une même seringue."

 

 

Outre les médicaments, les hôpitaux risquent aussi de manquer de cathéthers, de respirateurs et même de tuyaux pour les respirateurs. "On ne jette plus une ampoule de curare, confie encore un médecin, on l'utilise jusqu'à la dernière goutte."