Pourquoi seuls 47% des Français "adhéreraient à un troisième confinement"

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Jérôme Fourquet était l'invité d'Europe 1, jeudi matin. 1:35
Jérôme Fourquet était l'invité d'Europe 1, jeudi matin. © Europe 1
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Invité de la matinale d'Europe 1, le politologue Jérôme Fourquet, directeur du pôle "opinion et stratégie d'entreprise" de l'Ifop, a évoqué l'évolution vers une moindre acceptation des mesures de confinement par la population française, près d'un après le début de la crise du coronavirus. 
INTERVIEW

Combien de temps durera la résilience des Français face à la crise du coronavirus ? La question se pose alors qu'un nouveau confinement "très serré" fait partie des scénarios actuellement envisagés par le gouvernement. Par rapport au premier, en mars dernier "l'opinion publique a beaucoup évolué", selon Jérôme Fourquet​, politologue et di​recteur du pôle "opinion et stratégies d’entreprise" de l’Ifop. D'après les derniers chiffres qu'il révèle jeudi matin sur Europe 1, moins d'un Français sur deux adhérerait à un troisième confinement "dans les prochaines semaines ou les prochains mois". 

"Un effet d'usure et d'accumulation"

Au moment du premier confinement, "la peur aidant", "plus de 90%" de la population adhérait à cette mesure, selon Jérôme Fourquet. Le 28 octobre, lors de l'annonce du deuxième confinement, "deux tiers des Français approuvaient cette décision". Début décembre, environ 60% de la population adhérait à l'idée d'une prolongation de ce deuxième confinement. "Mais à l'époque, il y avait une carotte qui était promise aux Français, c'était la perspective de pouvoir passer des fêtes en famille", analyse le politologue. 

Un mois plus tard, d'après une enquête réalisée mardi et mercredi, seuls "46 à 47%" des Français approuveraient un troisième confinement. Un chiffre en baisse notamment en raison de l'absence de "perspective positive" comparable à Noël, avance Jérôme Fourquet. "Mais aussi et surtout parce qu'il y a un effet d'usure et d'accumulation", poursuit-il. 

Les publics les plus âgés "réfractaires à un confinement dur"

Pourtant, selon l'Ifop, l'inquiétude face à la perspective d'une contamination "demeure partagée par sept Français sur 10". L'institut note que dans le détail, les populations se disant opposées à un nouveau confinement ne sont pas forcément celles que l'on pourrait imaginer. "Une partie des jeunes" y est par exemple favorable, voyant dans cette mesure "une thérapie de choc qui permettrait de balayer cette crise et d'enfin tourner la page", d'après le politologue, auteur de L'Archipel Français (Ed. Seuil).

"À l'inverse, on constate que les publics les plus âgés, eux, sont les plus réfractaires à un confinement dur alors qu'ils sont les plus fragiles face au virus", développe Jérôme Fourquet. "Car ils disposent prioritairement d'un accès à la vaccination qui change quelque peu les choses."

"Il ne faut pas minimiser la colère croissante"

Cette baisse de l'adhésion de la population doit-elle faire craindre des violations manifestes d'un éventuel confinement, voire des émeutes, comme celles qui se sont récemment déroulées aux Pays-Bas ? Pas pour l'instant, estime le di​recteur du pôle "opinion et stratégies d’entreprise" de l’Ifop."Au global, on est plus sur une forme d'acceptation résignée, autour de la formule très française 'par la force des choses'."

"Mais il ne faut pas minimiser la colère et la lassitude croissante d'une grande partie de nos concitoyens", nuance Jérôme Fourquet. "Tout dépendra sûrement des modalités d'un éventuel reconfinement". Le politologue souligne toutefois la différence entre la France et les Pays-Bas ou l'Allemagne, où des manifestations contre le port du masque ont eu lieu à l'Automne.

"On est dans des pays où la défense des libertés individuelles est totalement sanctuarisée. (…) Les Pays-Bas vivent leur premier couvre-feu depuis 1945, vu de la France c'est un autre monde. Nous, on a plutôt privilégié la sécurité aux libertés individuelles, je pense qu'il y a un relatif consensus là-dessus." Sur le plan économique, "la perfusion du gouvernement" à l'égard des secteurs touchés par la crise est aussi beaucoup plus généreuse que dans d'autres pays européens. 

"Que le gouvernement montre qu'on verrouille les frontières"

Enfin, le politologue souligne un élément saillant des études d'opinion : l'incompréhension des Français quant à la circulation des personnes en provenance d'autres pays, alors même que des mesures très strictes sont envisagées au plan national. "Pour que cette acceptation monte en puissance il faut que cet éventuel reconfinement s'accompagne d'une mise en cohérence au niveau gouvernemental", estime Jérôme Fourquet. "Il faut que le gouvernement montre qu'on verrouille les frontières."

Europe 1
Par Margaux Lannuzel