L'espace en tête - La course à l’espace pendant la Guerre Froide

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L'espace en tête est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, L'espace en tête, président du Centre national d'études spatiales (CNES), nous emmène à la découverte de l'espace. Aujourd'hui, les données spatiales au service de notre société et de notre économie.

Lorsque l’équipe de l’ingénieur en chef Korolev lance le premier satellite artificiel, Spoutnik, le 4 octobre 1957, c’est un énorme choc pour l’Amérique d’Eisenhower, alors que la Guerre Froide bat son plein. Cette Guerre Froide, les deux camps l’avaient pourtant longuement anticipée, lorsqu’ils avaient mené la "course aux ingénieurs allemands", dès la fin de la seconde guerre mondiale.

Arrivé au pouvoir, Kennedy décide de frapper un grand coup en visant la Lune, le seul défi spatial que les Soviétiques n’ont pas encore surmonté. C’est le programme Apollo, lancé en 1961 et dont le point d’orgue sera le débarquement lunaire, le 21 juillet 1969. Apollo est alors un outil de la Guerre Froide : dès qu’il est acquis que les Etats-Unis ont gagné la course à la Lune, plus besoin d’y rester, on remise l’outil au placard. Et la course vers Mars n’a plus lieu d’être, alors que Werner Von Braun avait déjà tout planifié pour aller sur la Planète Rouge !

On fixe cependant des limites dans cette Guerre Froide. Ce sont les grands accords des Nations-Unies, toujours en vigueur, dont le Traité de l’Espace de 1967 qui stipule l’interdiction de placer des armes de destruction massive dans l’espace. Une décision non triviale, alors que les deux pays continuent d’étoffer leur arsenal nucléaire mais l’espace offre quelques îlots de détente. La mission Apollo-Soyouz de 1975 conduit cosmonautes et astronautes à échanger une poignée de main à 200 km d’altitude. Cette géopolitique binaire n’empêche pas la France de fréquenter les deux pays : si Jean-Loup Chrétien s’envole en 1982 avec un Soyouz soviétique, Patrick Baudry décolle trois ans plus tard dans une Navette américaine !

Et puis en 1989, avec la fin annoncée de l’Union Soviétique, la problématique américaine est dorénavant tout autre : il s’agit d’éviter que les cerveaux russes ne partent négocier leur savoir-faire à l’étranger, dans des pays peu fréquentables. On accueille donc la Russie dans le projet américain de la Station Alpha, qui deviendra la Station Spatiale Internationale et qui accueille des astronautes de nombreuses nationalités.

Nous vivons aujourd’hui avec cet héritage de la Guerre Froide. La Russie reste une grande nation spatiale, avec une expérience hors normes dans les lanceurs et les missions habitées, mais les Etats-Unis se sont imposés comme une hyperpuissance, avec une cinquantaine de milliards de dollars consacrés chaque année à l’espace. Le CNES, lui, continue aujourd’hui sa politique d’ouverture à la coopération, au-delà des frontières européennes : Etats-Unis, Russie, Chine, Inde, Japon, mais aussi Canada, Emirats Arabes Unis, Israël, Mexique, Singapour, et bien d’autres encore. Et au total, la France est le pays qui entretient le plus de coopérations dans le domaine spatial !