Nadine Morano: "En Lorraine, personne ne veut sortir de Schengen"

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Des milliers de transfrontaliers passent quotidiennement la frontière pour aller travailler, cela n'est pas dû à Schengen mais à la désindustrialisation.

Le Vrai-Faux de l’Info, avec vous, Géraldine Woessner, et l’incompréhension de Nadine Morano

La députée Européenne analyse le vote front National dans sa région, grand-est, ou Marine Le Pen est arrivée en tête, comme un vote de ras-le-bol. Les gens ne réalisent pas, selon elle, les conséquences concrètes qu’aurait une sortie de l’espace Schengen.

 

70.000 transfrontaliers passent la frontière tous les jours en Lorraine. C’est vrai ou c’est faux ?

 

C’est vrai, Thomas. Et dans ce grand-Est qui regroupe, les trois anciennes régions, Alsace, lorraine, et Champagne-Ardennes, ils sont même 160.000 à effectuer ce trajet quotidien, vers le Luxembourg, l’Allemagne, la Belgique, la Suisse, cela représente 7% de l'emploi salarié. Mais attention, ce n'est pas dû aux accords de Schengen. Ils étaient déjà nombreux à franchir les frontières avant que la libre circulation devienne la règle en 1995. En fait ils ont suivi la désindustrialisation. Les usines en France ont fermé, quand de l'autre côté du Rhin l’industrie restait florissante, que le Luxembourg se développait, beaucoup ont accepté des temps de trajets plus longs pour des salaires 30% supérieurs.

Schengen leur a facilité la vie, mais en dehors des camionneurs; qui subissaient des contrôles de marchandise, les autres avaient un temps de trajet, en fait un peu plus court qu'aujourd'hui, parce qu'il y avait moins de monde sur les routes. A l'échelle de la France ces frontaliers aujourd'hui, sont 350.000.

 

Donc ce serait très concret pour eux, si on rétablissait le contrôle.

 

Un contrôle systématique, oui : on voit déjà les ralentissements que ces contrôles aléatoires provoquent, on les a rétablis depuis 2015. Maintenant dans son programme Marine Le Pen prévoit un système spécial pour les frontaliers, avec des couloirs réservés, des laisser passer ça existe d’ailleurs aux frontières extérieures à Schengen.

En revanche une vraie question se pose, pour les touristes qui voyagent, les marchandises. 83 millions de touristes ont visité la France l'an dernier, Pour eux, ce serait potentiellement l'enfer, avec toutes les pertes associées. Un rapport du Sénat évalue les pertes pour la France à un milliard d'euros minimum, si elle sortait de Schengen. Sans compter le recrutement de 6000 agents des douanes pour revenir au schéma qui existait avant pour une efficacité relative : il existe des milliers de chemins de traverse en France sur nos 2900 kilomètres de frontière, il serait impossible de tous les contrôler.