Le coût de l’énergie nucléaire monte-t-il alors que celui des renouvelables dégringole ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Nicolas Hulot affirme que le coût de l’énergie nucléaire monte tandis que celui des renouvelables dégringole.

Vrai-Faux : l’heure des choix cornéliens sur le nucléaire.

Le gouvernement finalise sa feuille de route énergétique pour 2023, qui doit programmer la baisse de la part du nucléaire dans notre production. L’objectif à terme reste de la réduire à 50% (contre 71,6% aujourd’hui), et le débat fait rage entre partisans et opposants de l’atome. EDF milite pour maintenir ses centrales, au moins jusqu’en 2029. Le ministre Nicolas Hulot s'en agace.

"La filière nucléaire nous emmène dans une dérive. (...)On voit bien que le coût de l'énergie nucléaire ne cesse de monter en même temps que le cout des énergies renouvelables est en train de dégringoler".

Le coût de l’énergie nucléaire monte, celui des renouvelables dégringole. Vrai ou faux ?

C’est vrai. Et les changements se produisent à une vitesse que personne n’avait anticipée. L’électricité produite dans le parc nucléaire reste la plus compétitive aujourd’hui, à 42 euros le MWh, mais ce parc est ancien, il va demander des investissements, et l’électricité générée par le nouveau réacteur EPR est beaucoup plus coûteuse : 110 euros le MWh, quand le solaire se négocie, selon les derniers appels d’offre, autour de 60 euros le MWh (65 euros le MWh pour l’éolien terrestre.) Ces prix du renouvelable vont encore baisser, à mesure que la technologie et la demande vont se développer. La logique défendue par les anti-nucléaires est donc simple : fermer rapidement les centrales est un choix rationnel.

Sauf qu ce n'est pas aussi simple. Parce que les prix actuels reflètent le coût d'une technologie, mais ils ne disent rien de l'ensemble du système. Pour le nucléaire, on ne sait pas combien coûtera exactement le démantèlement des centrales s'il faut réduire la production, et on ne sait pas non plus évaluer le coût de l’enfouissement des déchets.

Mais pour les énergies renouvelables, on a le même le même problème.

Car les énergies renouvelables sont intermittentes. On produit beaucoup d’électricité quand il fait beau ou qu'il y a du vent, et nettement moins en hiver, au moment où l’on a justement des pics de consommation. Donc pour augmenter la part du renouvelable dans notre production, qui est à 19% aujourd’hui, il va falloir stocker. Or aujourd’hui, les solutions de stockage à long terme, et à grande échelle, n’existent pas. La recherche avance vite, mais personne n’est devin.  Alors chacun y va de ses prévisions. Les optimistes pensent qu'on pourra jouer sur d'autres facteurs (réduire la consommation ou l'ajuster dans l'industrie, développer des recharges intelligentes...) Et les pessimistes redoutent qu’on n’y arrive jamais, ou à un coût beaucoup trop élevé. Aujourd’hui, la France dispose de cinq gigawatt de puissance de stockage installée, essentiellement sur des barrages. Les possibilités de développement sont donc limitées, et la création de batteries vraiment puissantes, ou du stockage sous forme d’hydrogène, vont demander des investissements considérables. Le réseau de transport d'électricité (RTE) a fait plusieurs scénarios, qui intègrent des centaines de variantes. Mais à court terme (d'ici 2025), pour réduire le nucléaire, il faudra fatalement, soit importer de l’électricité, soit construire un nombre « significatif » de centrale à gaz ou à charbon, pour éviter des ruptures d'approvisionnement. C'est ce qu’a fait l’Allemagne, et ce n’est pas idéal pour l'environnement. Mais il n'y a pas de scénario simple, et les coûts de chacun sont presque impossible à prédire. Un casse-tête pour le gouvernement, qui va devoir choisir.

Pour lire la synthèse des scénarios étudiés par RTE, cliquez ici.