Combien de Français sont-ils exclus d'Internet ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Jean Deydié affirme que 13 millions de Français sont exclus d’internet.

13 millions de Français exclus du numérique ?

Le chiffre a été martelé hier : 13 millions de Français seraient exclus du numérique, selon le gouvernement qui a présenté sa stratégie nationale d’inclusion. Elle s'appuie sur une expertise, celle du président d’Emmaüs Connect, Jean Deydié, qui a aussi créé une start-up pour vendre ses solutions aux collectivités. Il chiffre les besoins à 1 milliard d'euros.

"Le Vrai sujet c’est ces 13 millions de personnes qui ne sont pas prêtes à utiliser internet"

13 millions de français sont exclus d’internet. Vrai ou Faux ?

C’est exagéré. Le gouvernement construit ce chiffre en compilant plusieurs sources : une enquête du Crédoc, le centre d'observation des conditions de vie, et celle d’un groupe de recherche qui a travaillé sur le département du Finistère. 7 millions de français ne se connectent pas du tout au web, selon la première, et 7 millions d’autres seraient mal à l’aise avec l’outil, affirme la seconde, qui ne porte (c’est important) pas sur le même champ de population.

Mais il faut regarder ces chiffres dans le détail. 4 millions et demi de français ont plus de 80 ans aujourd'hui, et l’écrasante majorité de ceux qui ne se connectent pas sont retraités. Ils ne le font pas, le plus souvent, parce qu'ils n'en voient pas l'utilité, et sans surprise, ce sont eux qui se sentent le moins à l’aise. La complexité du web n’est citée comme un frein que par les plus âgés, elle inquiète moins de 3% des 12-40 ans. Autre idée reçue : le coût de la connexion n'est plus un problème, sauf dans des cas extrêmes : 99% des jeunes ont un smartphone. A mesure que la société se numérise, les gens se forment à toute vitesse : le sentiment de compétence face au numérique a bondi de 12 points en 4 ans, sans plan particulier du gouvernement. La couverture du territoire progresse également. Il reste bien sûr des marges d’amélioration pour le haut débit, mais les vraies fractures aujourd’hui sont l’âge, et le niveau d’études.

Vous voulez dire que moins on est diplômé, moins on se connecte ?

Moins on se connecte utile. C’est là qu’un plan du gouvernement prend tout son sens. 100% de jeunes sont connectés, il s’envoient des messages, regardent des vidéos… Mais ils buttent sur la recherche d’information, les démarches en ligne. Or tout passe par internet aujourd'hui, et c'est là qu'est le défi. Il ne s'agit pas de former tout le monde, au web, même ceux qui ne le veulent pas, mais d'accompagner ces Français qui en ont besoin et ne peuvent pas faire autrement. Par exemple, ces 900.000 personnes âgées isolées, qui se débattent avec les formulaires. Les formations qu’espère vendre Monsieur Deydié peuvent effectivement être utiles. Mais pour quatre millions d'autres Français, le problème est plus profond : c’est un problème d'illettrisme, qui frappe, rappelons-le, 7% de la population. Dans les centres d’insertion par le travail, 40% des gens accueillis sont touchés par ce mal qu'on appelle, en terme savant, l’illectronisme. Donc cette fracture numérique est d'abord sociale, éducative. Mais pour résorber cela, on n'a pas encore de grande stratégie.