Logements exigus, difficultés à se nourrir : le confinement renforce la précarité étudiante

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Près de 59.000 étudiants sont restés dans les résidences du Crous. 1:10
Près de 59.000 étudiants sont restés dans les résidences du Crous. © NICOLAS TUCAT / AFP
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Dans l'impossibilité de rejoindre leur famille, 40% des étudiants qui résident depuis septembre dans les logements du Crous se sont vus contraints d'y rester confinés, alors même que les restaurants universitaires et épiceries solidaires de proximité ont été fermés.

Alors que le nouveau coronavirus continue de se propager, la période de confinement met en grande difficulté bon nombre d’étudiants démunis. Près de 59.000 d’entre eux sont restés dans les logements des Centres régionaux des œuvres universitaires (Crous), où les services de restauration ont été interrompus et les épiceries solidaires, fermées. C’est presque 40% de la population étudiante résidant depuis septembre dans ces établissements publics, qui accueillent en priorité des étudiants boursiers et internationaux.

"Il y a des cafards et des punaises de lit, ces conditions sont insupportables"

"Le nombre de demandes d’aides sociales a fortement augmenté ces dernières semaines", s’alarme Dominique Marchand, présidente du Centre national des œuvres universitaires et scolaires (Cnous), interviewée au micro d’Europe 1. "Beaucoup d’étudiants internationaux et ultra-marins sont restés dans nos résidences car ils n’ont pas pu regagner leur pays d’origine ou rentrer dans leurs familles." Dans les Crous, les équipes habituellement chargées de la restauration continuent de venir travailler pour soutenir les collègues qui s’occupent de l’hébergement des étudiants.

A l’origine de cette situation de grande précarité : la perte des jobs étudiants et l’annulation des stages, souvent considérés par le gouvernement comme des emplois non essentiels dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire.

Dans le campus désert de la cité scientifique à Villeneuve d’Ascq, près de Lille, 2.000 étudiants sont par exemple cloisonnés dans des chambres de 9 mètres carrés. Le Secours populaire leur livre tous les jours des produits de première nécessité (pâtes, riz, céréales). "Ce n’est pas une vie, il y a des cafards et des punaises de lit, ces conditions sont insupportables", déplore Yannick, étudiant burundais en biologie.

Environ 500.000 euros devraient être débloqués par la direction de l’université. Elle a déjà débloqué un fonds d’urgence : 1.200 étudiants ont touché une aide de 200 euros.

Des e-cartes pour payer dans les épiceries

"Nous leur apportons des aides financières et des e-cartes de paiement, qui permettent de régler directement dans les magasins", explique la vice-présidente de l’université de Lille Emmanuelle Jourdan-Chartier. Les associations étudiantes, elles, demandent le gel des loyers en résidence universitaire mais il revient désormais au ministère de l’Enseignement de trancher.

Pour tenter de répondre à la crise, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a annoncé mardi débloquer 10 millions d'euros pour le financement des aides spécifiques d'urgence attribuées par les Crous. "C’est tout à fait significatif alors que l’année universitaire est déjà bien avancée et par rapport à l’enveloppe annuelle, qui est déjà de 48 millions d’euros", approuve Dominique Marchand.

La somme débloquée devrait en priorité aider les étudiants à financer leurs soins de santé. La contribution de vie étudiante et de campus (CVEC), distribuée par les universités et les Crous, sera quant à elle affectée avant tout à la satisfaction des besoins alimentaires, via des cartes d'achat alimentaires, et aux outils informatiques. Mi-mars, la ministre avait déjà annoncé quelques mesures, comme l’annulation des loyers d’avril pour ceux qui ont quitté leur logement étudiant et la préservation des emplois dans les résidences universitaires.