Intempéries : un homme retrouvé mort à Saint-Martin-Vésubie

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Dans la vallée de la Tinée, plusieurs village restent coupés du monde, les routes étant toujours impraticables plus de 24 heures après les intempéries de vendredi. 1:34
Dans la vallée de la Tinée, plusieurs village restent coupés du monde, les routes étant toujours impraticables plus de 24 heures après les intempéries de vendredi. © NICOLAS TUCAT / AFP
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48 heures après les violents intempéries qui ont frappé les Alpes-Maritimes, huit personnes sont toujours portées disparues. Environ un millier de pompiers, 500 gendarmes et une centaine de militaires sont mobilisés pour porter secours à la population. 
L'ESSENTIEL

Des routes fendues en deux, des cratères géants sur le chemin… dans les Alpes-Maritimes, il est toujours impossible de rallier les villages sinistrés par les intempéries de vendredi. Samedi, le Premier ministre s'est rendu sur place, et s'est dit très inquiet sur le bilan définitif. Selon le dernier pointage des autorités, 8 personnes sont toujours portées disparues dans la Vallée de la Roya et dans la Vésubie.

Quelque 1.000 pompiers sont mobilisés dans les Alpes-Maritimes, mais beaucoup, dimanche matin, devaient encore attendre que les routes soient dégagées avant de pouvoir intervenir. En début d'après-midi dimanche, le rapatriement des personnes a été interrompu en raison du vent et de la pluie qui ont repris. Pas moins de 500 gendarmes sont mobilisés, ainsi qu'une centaine de militaires. Par ailleurs, 300 techniciens d'Enedis sont sur le terrain pour rétablir l'électricité dans les 9.300 foyers qui en sont encore privés. 

Les infos a retenir :

  • Les autorités italiennes ont annoncé avoir retrouvé le corps d'un berger dans le fleuve Roya
  • Un homme a aussi été retrouvé à mort à Saint-Martin-Vésubie, dans l'arrière-pays niçois
  • Onze personnes sont officiellement portées disparues dans la région de Nice depuis les intempéries de vendredi, et une dizaine d'autres recherchées
  • Plus de 150 pompiers venus à Nice en renfort sont contraints d'attendre que les routes soient déblayés avant de pouvoir agir

Un bilan provisoire de deux morts 

Le corps d'un berger porté disparu dans la région du col de Tende, a été retrouvé dans le fleuve Roya, ont annoncé dimanche les pompiers et la protection civile italiens. Les  "Le corps sans vie du berger porté disparu depuis hier sur le col de Tende a été retrouvé", ont indiqué les pompiers sur leur compte Twitter, précisant que l'opération avait eu lieu côté français "par des secouristes locaux". Selon la protection civile, le corps a été repêché dans le fleuve Roya.

Un autre homme a été retrouvé mort dans sa voiture immergée à Saint-Martin-Vésubie, dans les Alpes-Maritimes, ont annoncé les pompiers plus tard, dimanche. De plus, au moins quatre corps se sont échoués sur les côtes italiennes. Les autorités enquêtent pour déterminer leur nationalité. 

Les secouristes immobilisés

Plus de 150 pompiers venus en renfort des effectifs déjà présents dans les Alpes-Maritimes sont obligés d’attendre que les routes soient à nouveau opérationnelles pour pouvoir porter secours à la population. Ils patientent au palais Nikaïa à Nice, une salle de spectacle transformée en centre d’accueil pour les secouristes. "On est venu pour aller porter secours, donc l’attente est difficile à gérer pour nous", confie à Europe 1 le capitaine Michel Adaoust. Sur le parking du palais, camions, tractopelles et bulldozers sont à l’arrêt, car les routes restent impraticables. "On se sent handicapés parce qu’on n’a pas la possibilité d’intervenir. Donc on attend impatiemment de pouvoir être héliportés et aller au contact des gens", poursuit le sapeur-pompier.

En attendant, les secouristes se reposent sur des lits de camp. Pour motiver ses troupes, le commandant Denis Barges leur rappelle un autre aspect de leur mission : le soutien psychologique pour leurs collègues niçois, à l’heure où deux pompiers sont toujours portés disparus, emportés par les flots. "On se doit d’être présent à leurs côtés, ils sont en deuil. Moi, je suis parti ce matin, alors que mon fils fait sa communion aujourd’hui", explique-t-il, la gorge nouée par l’émotion. "Et je suis parti parce qu’il fallait que je parte, parce que deux des nôtres sont perdus. Je suis là, auprès des miens."

Le colonel Frédéric Barbry, porte-parole de l'Etat-Major des Armées, a précisé dimanche midi sur Europe 1 que "quatre hélicoptères de transport lourd ont œuvré pour évacuer plus de 260 personnes samedi et plus d’une centaine aujourd'hui", avec un "détachement au sol" qui va pouvoir "rétablir les communications en déblayant, pour dégager les axes coupés". Parmi les difficultés : la zone, "particulièrement sinistrée" dit-il, et le "volume de personnes à secourir". Un "véritable pont aérien" a été engagé. Les hélicoptères vont aussi permettre d'"acheminer des groupes électrogènes".

"C’est l’horreur ! Femmes et enfants sont bloqués là-haut"

Dans la Vallée de la Tinée, à 30 kilomètres au nord de Nice, les ouvriers s’activent dans l’urgence depuis samedi matin pour réparer les routes défoncées, et ainsi faire passer les secours et permettre aux habitants de pouvoir rentrer chez eux. "C’est l’horreur ! Femmes et enfants sont bloqués là-haut. Ils ne peuvent pas sortir du village et moi je ne peux pas y aller", explique à Europe 1 Stéphane, qui habite à Clans. "Ce sont surtout les enfants qui sont inquiets, par le fait que je ne sois pas à la maison. J’étais prêt à faire la route à pied, mais même ça je ne peux pas, les secouristes ne veulent pas nous laisser passer. Je me sens impuissant."

Manque d'eau potable et routes coupées

Quelque 400 interventions ont déjà été effectuées par les pompiers depuis vendredi. Environ 10.000 personnes vivent dans les vallées frappées par les crues, mais le nombre de personnes isolées reste difficile à estimé, a expliqué sur Europe 1 Charles-Ange Ginésy, le président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes.

Yves Gilli, maire d'Utelle dans la vallée de la Vésubie, a fait le point sur la situation à 12h30 dimanche sur Europe 1. Dans sa commune, et alors qu'Utelle est "parmi les villages les moins touchés de la vallée de la Vésubie par rapport aux désastres survenus à Saint-Martin-de- Vésubie, Roquebillière ou au village du Belvédère", rappelle le maire, la rivière "a débordé en entraînant avec elle un amoncellement d’arbres, de tronc, de déchets en tout genre. Une route s’est aussi effondrée".

L'une des principales routes d'accès est fermée car la rivière a emporté 50 mètres de route métropolitaine. Le téléphone passe toujours mais plus d'internet, et l'eau potable est inaccessible par endroits : "deux quartiers ont déjà été alimentés par des bouteilles d’eau minérale", explique le maire, qui précise qu'un pompage au niveau de la rivière a été emporté et qu'un autre est empli d'au moins "50m3 de terre donc le temps de nettoyer ça prendra une grosse semaine". 

Quatre corps échoués sur les côtes italiennes

Au moins quatre corps ont été récupérés dimanche sur les rives méditerranéennes de la Ligurie, ont annoncé l'agence Ansa et d'autres médias, précisant que les autorités italiennes et françaises cherchaient conjointement à déterminer leur identité. Une équipe d'enquêteurs des capitaineries maritimes, des carabiniers et de la police "sont en contact avec les autorités françaises pour donner un nom et un visage" aux cadavres échoués sur les rivages de la Riviera italienne, non loin des côtes françaises, a précisé Ansa. 

Les autorités ligures n'ayant pas fait état de disparus jusqu'ici, l'hypothèse privilégiée des enquêteurs est que certaines des victimes sont des personnes portées disparues ou recherchées en France, selon l'agence.

Premières retrouvailles des rescapés

Plusieurs habitants de Saint-Martin-Vésubie, où une soixantaine de maisons auraient été emportées par les flots, ont été évacués par hélicoptère vers l'aéroport de Nice samedi. La priorité a été donné aux personnes âgées, aux enfants et aux femmes. "Mon mari est toujours là-haut, c’est compliqué", a confié, en larmes, une mère de famille qui a dû laisser son époux au village. Une grand-mère, venue retrouver ses petits-enfants, expliquait ne pas savoir dans quel état se trouve la maison familiale, apparemment "très abimée". "J’ai tremblé toute la nuit je n’arrivais pas à me contrôler, on pensait qu’on n’allait jamais revoir notre famille…", confiait Claude, enfin arrivée à Nice par hélicoptère. Quant à Jean-Louis, il a perdu sa maison. "Toute ma vie est partie, détruite en un rien de temps", se désolait-il.

Une cellule psychologique a été mise en pace pour ces rescapés, dont certains ont été accueillis dans un hôtel. Dimanche, les rotations d'hélicoptères se sont remises en route. 

Le préfet des Alpes-Maritimes balaye toute polémique

"Tout" a été fait pour "organiser les secours au mieux", a assuré dimanche, sur Europe 1, Bernard Gonzalez, le préfet des Alpes-Maritimes. "Il y a eu des mises à l'abri, des mises en sécurité. Le problème ça a été cette météo absolument pourrie, ce vent très violent et des hélicoptères cloués au sol", a-t-il expliqué, alors que sur les réseaux sociaux des internautes se sont interrogés sur la pertinence des mesures prises. "Non, il n'était pas stupide de fermer les crèches, les écoles, collèges, les lycées et les universités. Non, il n'était pas stupide de fermer les centres commerciaux. L'anticipation, elle a été là", a-t-il martelé. Selon lui,  tout a été fait pour anticiper la catastrophe, dans les limites imposées par la météo.

Europe 1
Par Joanna Chabas et Nathalie Chevance, édité par Romain David