Coronavirus : le confinement en banlieue, à l’épreuve de la violence et des trafics

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A la nuit tombée, les règles du confinement disparaissent au pied des barres d'immeuble, dans les quartiers sensibles. 1:35
A la nuit tombée, les règles du confinement disparaissent au pied des barres d'immeuble, dans les quartiers sensibles. © Philippe LOPEZ / AFP
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En banlieue parisienne, le respect des règles de confinement n'est pas toujours simple pour des populations entassées dans des logements parfois insalubres, et soumises à des situations de violences intrafamiliales. La nuit venue, les trafics au pied des immeubles se font au mépris des mesures instaurées pour limiter la propagation du coronavirus.

La France est entrée lundi dans sa deuxième semaine de confinement. Confinement qui pourrait aller au-delà des deux semaines prévues initialement. Mais dans les quartiers sensibles de banlieue, sujets en temps normal à de nombreuses tensions, les mesures peinent à s’appliquer, notamment à la nuit tombée lorsque les trafics en tout genre prennent le pas sur les règles les plus élémentaires de protection contre la propagation du Covid-19.

Un confinement vécu comme une punition

Dans le centre-ville de Saint-Denis, dans la petite couronne parisienne, le confinement ne semble pas prendre. "Le confinement strict n’est pas respecté, il y a beaucoup de petits attroupements, les forces de l’ordre sont clairement en difficulté, car le nombre de policiers n’est pas suffisant", rapporte Richard Werly, correspondant en France pour le quotidien Suisse Le Temps, qui a publié jeudi "À Saint-Denis, l’impossible confinement d’une capitale". Il pointe également la question des laveries, laissées ouvertes et où les utilisateurs s’attroupent.

"Des habitants veulent respecter le confinement et sont en colère contre ceux qui ne le font pas", souligne encore Richard Werly. Les jeunes croisés, raconte-t-il, vivent le confinement davantage comme une manière de leur interdire la rue que comme une barrière contre l’épidémie. À cela s'ajoute des problèmes de violences intrafamiliales et d'insalubrité qui poussent les riverains à fuir leur domicile, se sentant plus en sécurité dehors que dedans.

La loi des trafics, avant l’état d’urgence sanitaire

À l’inverse, du côté des grandes barres d’immeuble, la vie parait suspendue, avec très peu de personnes dans les rues, des aires de jeux désertes aux pieds des bâtiments, et les dalles de béton, habituellement très fréquentées, vides. Dans ces quartiers surpeuplés, les règles sont globalement bien respectées. Mais Michel, habitant de la cité du Palais à Créteil, reconnaît des difficultés pour aller faire ses courses car son environnement de béton ne se prête pas vraiment au confinement. "Il n’y a aucun commerce de proximité. Certains bureaux de tabac ont fermé parce qu’ils n’avaient pas assez d’activité. On peut vraiment parler de ville dortoir", explique-t-il auprès d’Europe 1.

Mais au moment où le soleil se couche, les halls d'immeubles s'animent. À la Courneuve, Aulnay-sous-Bois, Créteil, ce sont les mêmes scènes : des groupes se forment devant les portails, jusqu'à huit à dix personnes rassemblées autour du coffre d'une voiture. De jeunes hommes en sweats à capuches, aux regards menaçants, semblent utiliser des masques chirurgicaux pour leur anonymat plutôt que pour se protéger d'une infection. Ils se font la bise pour se saluer alors que des guetteurs s'installent aux coins des rues. À la faveur de la nuit, les petits trafics semblent se poursuivre au mépris des règles élémentaires pour contrer la propagation du virus.

Des forces de l’ordre qui craignent les contaminations

"On a une population qui respecte à 99,9% les règles. En revanche, on a quelques récalcitrants", indique à Europe 1 Patrick Haddad, le maire PS de Sarcelles. "Il faudrait appeler au civisme, mais on est sur la population la moins civique, celle auprès de laquelle il est le plus difficile de faire passer ces messages", reconnaît l’édile, qui évoque un couvre-feu pour les commerces alimentaires devant lesquels se forment des attroupements, ou encore un renforcement des contrôles de police. "Intervenir, pour les policiers, c’est le risque de déclencher une pagaille. Ceux que j’ai rencontrés ne se sentaient pas à même, sans masque, sans gant, de se retrouver pris dans une situation de ce genre", objecte toutefois Richard Werly.

Europe 1
Par Jean-Sébastien Soldaïni et Romain David