Covid : l'inquiétante multiplication des clusters à l'hôpital

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Hôpital hôpitaux Covid Coronavirus 1:37
Les soignants de l'hôpital Ambroise-Paré, ici début janvier, s'inquiètent d'un virus facteur de maladie nosocomiale. © Thomas SAMSON / AFP
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De nombreux clusters sont apparus dans les hôpitaux ces dernières semaines, une source de stress supplémentaire pour des soignants déjà épuisés par une crise incroyablement longue. Face à cette détérioration de leurs conditions de travail et une réponse vaccinale pas à la hauteur, selon eux, les interrogations restent nombreuses.
REPORTAGE

Dieppe, Brest, Arras, Hénin-Beaumont, Périgueux, La Rochelle, Paris… Toutes ces villes françaises ont un point commun : elles connaissent actuellement des clusters importants au sein-même des hôpitaux. Une situation inédite, qui ne s'était pas produite lors de la première vague de l'épidémie de coronavirus, il y a quelques mois. Mais ces dernières semaines, le nombre de foyers de contaminations est bel et bien en hausse en milieu hospitalier, ce qui inquiète et irrite les professionnels du secteur qu'a rencontrés Europe 1.

"Je me suis déjà imaginée dans un lit avec un tube, à la place d'un patient ou voir un de mes proches dans le coma, intubé. Il y a des moments où les angoisses reprennent", confie ainsi Magali, aide-soignante au sein de l'hôpital Ambroise-Paré de Boulogne-Billancourt. Comme elle, ils sont nombreux à penser au virus, même s'ils ne préfèrent pas trop s’étendre sur la question.

Des contaminations "très difficile à définir"

Dans son bureau, Geneviève Boyer, cadre de santé en réanimation, ajuste en permanence les plannings pour remplacer les soignants positifs au coronavirus. "Ils reviennent régulièrement vers nous en nous disant 'vous avez trouvé pour demain ? pour après-demain ?'. Cela les inquiète beaucoup, la fatigue faisant", évoque-t-elle à propos de ces remplacements, source de stress supplémentaire pour les équipes.

" Est-ce qu'ils se sont contaminés à l'hôpital ou dans la sphère privée ? "

 

Un soignant en moins représente forcément du travail en plus pour les autres. Les contaminations se multiplient, mais les explications manquent. "Est-ce qu'ils se sont contaminés à l'hôpital ? Pendant les périodes de détente obligatoires, les pauses, les déjeuners ? Se contaminent-ils dans la sphère privée ? C'est quelque chose de très difficile à définir", s'interroge Antoine Vieillard-Baron, chef du service de réanimation.

Un an après le début de la crise, la fatigue se lit sur tous les visages. Et la peur de la maladie, un virus qui n'épargne personne, n'est jamais bien loin. La semaine dernière, dans ce service, une aide-soignante a été hospitalisée en réanimation, dans un état grave.

Un vaccin de "seconde zone"

Dans ce contexte, la Haute autorité de santé (HAS) a recommandé la semaine dernière d'administrer le vaccin AstraZeneca aux professionnels de santé de moins de 65 ans et aux personnes de moins de 65 ans, en commençant par les personnes âgées de 50 à 64 ans et qui présentent des comorbidités.

Sauf que dans les hôpitaux, cette décision ne passe pas. Les soignants ne comprennent pas pourquoi ils vont recevoir ce qu'ils appellent un vaccin de "seconde zone". "On nous envoie au front sans le matériel adapté", fustige Thierry Amouroux, porte parole du Syndicat national des professionnels infirmiers. "On se retrouve dans le même état d'esprit que lors de la première vague, quand on manquait de masques et de gants, avec des sacs poubelle sur le dos. Là, c'est pareil. On va se retrouver avec un vaccin qui, a priori, ne permet pas de protéger des variants sud-africain et brésilien, ainsi que du second variant anglais qui est en train de se développer. Il y a donc une mise en danger des patients en ne donnant pas le meilleur vaccin aux soignants pour bloquer la transmission auprès des personnes fragiles."