"C'était criminel" : le coup de gueule d'un médecin contre le maintien du premier tour des municipales

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Médecin coronavirus 4:22
Le médecin généraliste Bertrand Legrand dénonce une dégradation des conditions d'exercice de son métier. © JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP" data-image-id="54286340-6">
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Face à la forte hausse du nombre de cas de coronavirus, un médecin généraliste de Tourcoing s'en est pris lundi soir sur Europe 1 à la gestion de la crise par le gouvernement, et notamment le maintien du premier tour des élections municipales il y a une semaine.
TÉMOIGNAGE

Il témoigne d'un très fort ras-le-bol dans le corps médical. "La colère est immense chez les médecins", assure Bertrand Legrand, généraliste dans une zone urbaine sensible de Tourcoing, dans le Nord. Sur Europe 1, lundi soir, ce praticien a dénoncé le maintien du premier tour des élections municipales, en pleine explosion du nombre de cas de coronavirus.

Alors que l'épidémie gagnait du terrain la semaine précédant l'élection, avec plus de 700 cas par jour en moyenne, le gouvernement a décidé de ne pas reporter le scrutin, s'appuyant sur les recommandations du Conseil scientifique. "C'est irresponsable", s'emporte Bertrand Legrand. "On voit que le nombre de personnes atteintes ne fait qu'augmenter. Ces élections ont été une catastrophe en termes épidémiologiques, c'est criminel de les avoir maintenues."

"Honteux"

Une semaine plus tard, les élections municipales paraissent bien loin face aux 860 morts que dénombre la France lundi soir. "Vous entendez très peu la colère des médecins, parce qu'on a autre chose à faire et qu'on est là pour soigner nos patients", poursuit Bertrand Legrand. 

Le praticien nordiste évoque la pénurie d'équipements, qui rend son travail de plus en plus compliqué : "Le fait de ne pas avoir de masques, j'ai eu une dotation de 50 masques et une entreprise du BTP m'a livré cinq combinaisons pour que je puisse aller faire les soins palliatifs à domicile… On est dans un pays qui ne respecte même pas le simple fait que le médecin puisse donner les derniers soins à domicile. C'est vraiment honteux", dénonce-t-il. "Les patients qu'on n'hospitalisera pas, on ne peut même plus rentrer chez eux si on n'a pas de combinaisons. Je me retrouve avec un patient, c'est sa mère de 80 ans qui s'occupe de lui, il en a 50, les deux vont être contaminés. Vous n'imaginez même pas."

Et Bertrand Legrand de pointer le comportement général de la population française à l'heure de l'épidémie. Les Français vont-ils se ruer sur le Plaquenil, un médicament qui contient de l'hydroxychloroquine, une molécule utilisée par le Pr Didier Raoult à Marseille ? "Il faut que les Français soient responsables", appelle le médecin généraliste, avant un autre coup de gueule : "Ils nous ont déjà piqué nos masques, il nous ont piqué notre hydrogel, on n'a plus rien. Il y a des réanimateurs qui entubent sans même avoir le bon masque… Franchement, arrêtez, il n'y aura plus de médecin pour vous soigner."