"L'Élysée a gagné la bataille du rail mais attention à ne pas humilier les vaincus"

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Hélène Jouan évoque un sujet précis de la vie politique.

Et de deux : après les ordonnances de la loi Travail, c’est au tour de la loi ferroviaire d’être adoptée, elle sera entérinée définitivement cette semaine par Emmanuel Macron

Selon une mise en scène désormais bien rodée, Emmanuel Macron signera sous les ors de l’Elysée et l’œil des caméras ce nouveau pacte ferroviaire. Ce sera mercredi, mercredi 27 juin. Soit pile/ poil la veille du dernier épisode de grève, selon le calendrier établi par les syndicats en avril dernier. Ultime pied de nez. Malgré un conflit social inédit, aussi bien dans sa forme que dans sa durée, 3 mois, le plus long à la Sncf depuis 30 ans, le président conclut la séquence avec une longueur d’avance. Une pichenette pour dire aux derniers grévistes, circulez, y a plus rien à voir !

Cette réforme de la loi ferroviaire est une victoire pour lui ?

"Réforme de dingues" pour reprendre un vocabulaire en vogue, réforme d’ampleur assurément : elle prépare l’arrivée de sociétés concurrentes et surtout met fin à terme au statut totémique de cheminot. Si on peut dire sans conteste qu’Emmanuel Macron sort gagnant de cette bataille du rail, c’est d'une : parce qu’elle a été adoptée très largement par le Parlement, soutenue par les trois quarts des députés de droite, marris de n’en être point les instigateurs mais beaux joueurs.

Deux, parce que l’opinion, contrairement à 1995 n’a jamais fait corps avec les cheminots. Et trois, parce que malgré un mois de mai chaud en mouvements sociaux et étudiants, il n’y a eu ni coagulation ni aucune autre opération chimique ou sociale qui aurait montré une jonction des luttes.

L’opposition fut vive au sein de la Sncf, les manifestants nombreux parfois dans la rue, mais les syndicats comme la France Insoumise ont échoué à lever une marée humaine qui aurait peut-être contraint le gouvernement à céder un pouce de terrain

Il y aurait donc un vainqueur et des vaincus ?

Pas si vite. Les syndicats d’abord, surtout les plus réformistes d’entre eux ont joué leur rôle, ils ont obtenu des engagements clairs de l’Etat sur la reprise de la dette, sur l’incessibilité de la Sncf et sont parvenus à imposer des négociations pour garnir leur fameux "sac à dos social". Ensuite, pour désigner un vainqueur, il faudra attendre de voir si cette loi, qui s’appliquera au 1er janvier 2020, améliore la santé financière de l’entreprise, les services rendus aux usagers et la mobilité de tous les Français.

Alors oui la détermination du gouvernement a payé, mais elle a aussi cristallisé un peu plus l’image d’un président décidément inflexible quand il s’agit de "libérer". L’exécutif aurait tort de fanfaronner avant les lourdes réformes à venir, celle de la fonction publique comme celle des retraites.