Simone Veil au Panthéon : le sentiment de communion était-il factice ?

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, David Doukhan évoque un sujet précis de la vie politique.

La politique David Doukhan, c’est cette très émouvante cérémonie hier : l’entrée au Panthéon de Simone Veil. La mémoire de la Shoah, le combat pour le droit des femmes, l’esprit européen, la réconciliation, c’est tout ça qui est entré au Panthéon hier.

Oui, en effet, et maintenant quoi ?  Les portes du Panthéon se sont refermées. Est-ce que ces mémoires vont y rester cloîtrées dans l’indifférence générale ? Ou bien est-ce qu’elles vont vivre ? Le sentiment de communion de ce dimanche matin inondé de soleil était-il factice, voilà ce que je me demande ? La musique, les symboles, la garde républicaine, le pare-terre d’invités en forme d’union nationale. Tout cela peut donner le sentiment d’une France réconciliée. Alors que c’est tout l’inverse.

Prenons les une à une les mémoires de Simone Veil : la Shoah ? On le sait, les professeurs, dans certaines classes, dans certaines de nos villes, éprouvent toutes les difficultés du monde à l’enseigner, tant le négationnisme s’est répandu auprès de toute une partie de notre jeunesse. Le droit des femmes ? La vague "Balance ton porc" est passée et le salaire des femmes, à compétence égale, reste inférieur à celui des hommes, 9% en moyenne.

Et l’Europe ? Alors là, pardon mais : l’extrême droite eurosceptique (même anti-européenne) gouverne dans pas moins de 5 pays de l’Union. 92 députés de l’AFD siègent au Bundestag, l’AFD parti d’extrême droite, dont le leader appelle les Allemands à être fiers des soldats du Reich de la seconde guerre mondiale. Et pour trouver un accord à 27, il faut se cacher derrière la notion risible du "volontariat", autant dire qu’en Europe, aujourd’hui, on est d’accord pour surtout faire ce qu’on veut chacun dans son coin. Ironie absolue : le jour de cette entrée au Panthéon le chancelier autrichien Alexander Kurz, allié de l’extrême droite prenait la présidence de l’Union européenne.

Et donc quoi, il ne fallait pas faire entrer Simone Veil au Panthéon selon vous ?

Si bien sûr mais je pointe le fait qu’elle entre au Panthéon, au moment où toutes les causes qui furent les siennes se heurtent à des murs. Emmanuel Macron a eu raison lorsqu’il a dit (et en fait il parlait de lui-même) que ces combats, face aux vents mauvais, il fallait continuer de les mener, qu’il fallait en être dignes. Qui aujourd’hui peut parler fort et clair comme Simone Veil le faisait ? Pas grand monde.

Vous vous souvenez du 11 janvier 2015 quand on était tous Charlie ? Vous vous souvenez aussi qu’au bout de quelques semaines on s’est rendu compte qu’on n’était pas du tout tous Charlie. Et bien ça me fait penser un peu à ça. Est-ce que tout le monde célèbre vraiment Simone Veil ? Est-ce que tout le monde, partout dans le pays, se réjouit vraiment de voir une juive, déportée parce que juive, entrer au Panthéon ? Je ne le crois pas.

La cérémonie d’hier ne doit pas faire oublier la réalité : la France est une maison divisée. Vous connaissez cette expression historique "la maison divisée" ? Elle est tirée d’un discours d’Abraham Lincoln en 1858. Trois ans plus tard éclatait la guerre de Sécession. Montée des communautarismes, multiplication des actes antisémites, remises en cause quotidiennes de la laïcité, délitement de l’Europe… Je suis très heureux que Simone Veil ait fait son entrée au Panthéon, mais j’ai l’impression que c’est d’une Simone Veil vivante dont la France a besoin.