Quand le gouvernement se piège lui même en reportant le plan pauvreté

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Hélène Jouan évoque un sujet précis de la vie politique.

On l’attendait, il était annoncé pour le début de la semaine prochaine, mais finalement, le plan pauvreté attendra Hélène.

Il y a des discours d’Emmanuel Macron qu’on attend et qui ne viennent jamais. Celui sur la laïcité nous a tenus en haleine quelques semaines avant qu’on nous explique qu’il n’en avait jamais été question. Celui sur l’islam est reporté de mois en mois, on parle désormais de la fin de l’année. Le président dit-on n’a pas fini de s’enrichir de toutes les contributions

Il y a des rapports d’experts, comme celui élaboré pour éclairer le gouvernement sur les dizaines de milliards d’économies à faire sur les dépenses publiques, qui sont soigneusement glissés sous le tapis. Les économies nous explique-t-on, "on va les faire", mais ce n’est pas une fin en soi d’annoncer une diminution du nombre de fonctionnaires ou des coupes claires dans les budgets, le but, c’est la "trans-for-mation". Et puis il y a des plans, attendus, espérés et finalement escamotés

C’est le cas du plan pauvreté ?

Et du plan hôpital, désormais repoussé à septembre quand le président lui-même avait promis pour fin mai des "mesures précises" ! L’Elysée s’en défend, reporté le plan pauvreté ? Non, jamais programmé précisément. Sauf qu’Agnès Buzyn, a naïvement vendu la mèche. Ce plan, annoncé à l’automne dernier, aurait dû être au cœur du discours d’Emmanuel Macron devant le Congrès lundi. Après l’an passé à "libérer", il s’agissait de passer au second mantra du quinquennat, "protéger".

Mais "ça dépend aussi peut-être des matchs de l’équipe de foot" a lâché la ministre de la santé et des solidarités "si la France est en demi finale…" S’attaquer au fléau de la pauvreté en France suspendu à la réussite ou non des footballeurs français et de l’envol du président vers la Russie pour les soutenir ? Misère…

Ce n’est pas la vraie raison du report ?

La raison est double ; question timing, annoncer un plan d’envergure entre 2 matchs de foot à des français qui ont déjà, pour certains la tête en vacances n’est pas jugé suffisamment porteur, et si les Français passaient à côté ? L’autre explication tient au fait que tous les arbitrages n’auraient pas été rendus sur ce plan. Un report qui souligne en tout cas 2 failles dans le fonctionnement actuel de l’exécutif.

Le souci permanent du storytelling à l’Elysée, qui finit par faire passer le pain après les jeux parce que tout est enjeu de communication. Mais aussi la verticalité absolue du pouvoir, tout en réalité remonte à Emmanuel Macron, qui concentre toutes les décisions, qui dispose du final cut sur tous les arbitrages. Peut-être un peu trop pour un seul homme.