Juppé se rapproche de Macron : ira-t-il jusqu'à faire listes communes aux européennes ?

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Alain Juppé a réfuté dimanche vouloir faire une liste commune avec Emmanuel Macron pour les élections européennes de 2019. Et pourtant, les deux hommes partagent la même europhilie.

"Happy birthday mister President !". Pour ses six premiers mois, Emmanuel Macron ne pouvait rêver plus doux cadeau que cet hommage susurré à son oreille de "président qui mouille sa chemise" à l’international. L'éloge d'Alain Juppé à son discours européen prononcé à la Sorbonne sonnait presque comme une invitation à faire un bout de chemin ensemble. Le démenti du maire de Bordeaux a été à son image, plein de tempérance : "on n’en est pas là", ce qui veut surtout dire, "on n’en est pas encore  là". Le faire-part consiste aussi à marquer s’il en était encore besoin, sa distance, voire son éloignement avec Laurent Wauquiez, futur président des Républicains, dont il juge la ligne "populiste et eurosceptique ".

Une victoire des idées ? Ce soutien à peine déguisé prouve de façon éclatante que le pari initial du président, celui d'une recomposition de la vie politique, n’est pas un fusil à un coup, ni même à trois, s’arrêtant à son élection, sa victoire aux législatives et la nomination de son gouvernement biface. Lui-même soutient que le nouveau clivage politique n’est plus entre droite et gauche, mais désormais entre europhiles et eurosceptiques. Alain Juppé entérine cette analyse, quitte à poursuivre la fracturation de sa propre famille politique. Petit goût de revanche personnelle : l’ex-Premier ministre a tout perdu, mais si c'était ses idées qui gagnaient à la fin ?  

L'Europe, un thème qui divise les grands partis en France. L’intérêt pour Emmanuel Macron est évident : les élections européennes interviendront à mi-mandat pour lui. Il entend au maximum européaniser ce scrutin. Le retour à une éventuelle circonscription unique, en lieu et place des huit aujourd’hui, assorti d’un rassemblement de La République en marche! avec la droite et le centre pro-européens, ce serait le gage d’une liste à l’ADN 100% euro-pure, quand les socialistes et les républicains auront du mal respectivement à trouver en interne une ligne commune. Et quand les eurosceptiques eux, FN et France Insoumise notamment, iront par définition chacun sous leurs couleurs.

Faire ses preuves. Bien sûr Alain Juppé a donc démenti vouloir aller si vite. Sa prise de position en faveur d’une ligne offensive et constructive pour l’Europe est intellectuellement et idéologiquement cohérente avec ce qu’il a toujours défendu, pour autant pas question pour lui de lier dans l’immédiat son destin, qui a déjà été fort contrarié ces derniers mois, à un président qui n’a pas encore fait ses preuves. Quels seront les résultats d’Emmanuel Macron dans deux ans ? Sera-t-il en 2019 en situation de force ou de faiblesse pour porter un tel leadership ? Le Time la semaine dernière affichait à sa Une Macron futur leader de l’Europe, avec un petit astérisque : "À condition qu’il puisse diriger la France". Alain Juppé ne pense pas autre chose.