Gérard Collomb et la campagne de Macron dans le collimateur de la justice

  • A
  • A
2:29
L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Chaque matin, Hélène Jouan évoque un sujet précis de la vie politique.

Ouverture d’une enquête préliminaire sur le rôle des collectivités lyonnaises dans la campagne d’Emmanuel Macron. Une fois encore le soupçon s’abat sur le financement d’une campagne présidentielle

C’est ennuyeux les campagnes présidentielles en France. Ca se termine toujours bien, avec l’élection d’un président de la république. Et puis quelques mois, parfois quelques années plus tard, des questions surgissent : au fait, ça a coûté combien? Qui a financé ? C’était bien dans les clous ? Nicolas Sarkozy reste le seul candidat arrivé au second tour, à avoir vu ses comptes de campagne rejetés. A l’époque c’était pour simple dépassement du plafond autorisé. La scabreuse affaire Bygmalion de fausses factures présumées qui vaut un renvoi en correctionnel à l’ancien président, n’éclatera qu’ensuite.

En 1995, Jacques Chirac échappa lui de justesse à l’annulation de son élection. Les comptes de campagne de son ami de 30 ans Edouard Balladur présentait de troublantes irrégularités, mais ceux du candidat finalement élu aussi, rejeter les premiers ne se concevait qu’en biffant les seconds. Roland Dumas, président du conseil constitutionnel à l’époque, jugea que le respect de la loi ne valait pas tant de tintouin et "risquait de remettre en cause la démocratie". Il signa tout.

Il y a pourtant des lois, et des organes de contrôle ?

Des lois de financement assez strictes en France qui plafonnent les dépenses des candidats, spécifient leurs ressources, tout ce qui est permis et interdit en matière de dons, et conditionnent l’accès au remboursement de l’Etat d’une partie de leurs frais de campagne. Ce sont des dizaines de cartons de facture qui atterrissent dans les locaux de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. Le hic, c’est que cette commission n’a pas les moyens de mener à bien les investigations de contrôle. Pour le dernier scrutin, elle n’a épargné quasiment aucun des candidats de ses remarques "d’anomalies ou de griefs", mais elle s’en est tenue là. Et c’est l’association anticorruption Anticor qui a déposé plainte pour des motifs variés au sujet des campagne d’Emmanuel Macron, de Benoit Hamon, de Jean-Luc Mélenchon et de la Marine le Pen. Comme si l’organe de contrôle se contentait d’écrire en rouge dans la marge, attention, soupçons de triche, mais je vous mets quand même la moyenne.

Bref le dispositif législatif ne suffit pas ?

Mais suffira-t-il jamais ? Le financement français des campagnes présidentielles françaises n’a rien à voir avec le système américain où à peu près tout est permis. Mais quand bien même disposons-nous d’un arsenal juridique restrictif, reste chez nous un curieux présupposé : la parole du peuple qui a tranché l’élection dépasse tout, les petits arrangements entre amis comme les infractions à la loi. Dépasser cette pusillanimité serait un grand progrès démocratique