Comment le premier confinement a fait émerger toute une série d'écrivains

, modifié à
  • A
  • A
Un Français sur dix s'est mis à écrire pendant le premier confinement. 2:30
Un Français sur dix s'est mis à écrire pendant le premier confinement. © Kaboompics / Pixabay
Partagez sur :
On estime qu'un Français sur dix s'est mis à écrire pendant le premier confinement. Alors forcément, les maisons d'éditions croulent sous les manuscrits de ces écrivains qui ont profité du confinement pour coucher leurs idées et leurs histoires sur le papier. Mais la concurrence est rude et arriver à se faire publier n'est pas simple.

On le sait, les Français ont beaucoup lu pendant le premier confinement. Mais certains en ont profité pour passer du livre au clavier. On estime qu'un Français sur dix s'est ainsi mis à écrire pendant cette période. Il faut dire que cette parenthèse offrait tout ce qu'il fallait, à commencer par du temps. C'est donc presque mécaniquement que de nouveaux auteurs commencent à émerger de la crise sanitaire.

Parmi eux, Gaëlle Fonlupt, magistrate quadragénaire de Montpellier, qui a profité du confinement pour ressortir d'un tiroir un roman qu'elle essayait d'écrire depuis longtemps. "L'écriture est quelque chose que je faisais en dilettante, mais que je n'avais jamais entièrement réalisé", confie-t-elle au micro d'Europe 1.

"L'écriture est quelque chose que je faisais en dilettante"

Mais avec le confinement, celle qui s'était "toujours arrêtée" sur le pas de la porte a eu l'occasion de "reprendre [son] manuscrit, d'aller jusqu'au bout, le finir, le retravailler, et sauter le pas de la publication". Gaëlle Fonlupt a donc pu publier son roman, Elle voulait vivre dans un tableau de Chagall, aux éditions d'Avallon.

Mais les heureux élus qui arrivent à passer l'étape de la publication sont peu nombreux, malgré une forte augmentation des manuscrits reçus par les maisons d'édition. Alexandrine Duhin est directrice éditoriale aux éditions Fayard et Mazarine : elle en a reçu 25% de plus que d’habitude. "À mon retour chez Fayard, en mai [mai 2020, ndlr], j'étais enseveli sous les enveloppes", glisse-t-elle au micro d'Europe 1. "D'ailleurs, de nombreuses personnes indiquaient qu'elles avaient profité du confinement pour reprendre l'écriture."

Mais peu importe le nombre, seule la qualité du script entre en ligne de compte pour espérer être publié. Et jusqu'à présent, Alexandrine Duhin n'a pas encore eu "de bonne surprise". "Mais pour tout éditeur, c'est à chaque fois l'excitation de découvrir la petite, la nouvelle voix, le coup de cœur absolu."

"J'ai pu probablement posé d'avantage mes idées"

Et elle l'assure, "quand on le trouve, on le sait tout de suite et les choses peuvent aller très vite". C'est d’ailleurs ce qu'il s'est passé pour Thomas Louis, journaliste indépendant de 28 ans, qui sera publié à la prochaine rentrée littéraire aux éditions de la Martinière. Il écrit depuis toujours pour lui, mais sans jamais publier. Enfin jusqu’à maintenant, puisque cette période étrange lui a permis de franchir un cap. "J'ai pu probablement poser davantage mes idées parce que j'avais peut-être l'esprit plus libre", avance-t-il au micro d'Europe 1. "Ce n'est pas le tour premier [roman] que j'écris, mais c'est peut-être le premier où je crois autant au fait qu'il soit publiable et de fait publié."

Pour autant, il est peu probable que cette vague d'écrivains issus du premier confinement fasse augmenter le nombre d'ouvrages dans les librairies. Depuis plusieurs années déjà, les éditeurs essayent de réduire la voilure : trop de livres dans les librairies, ce n’est pas bon, trop de romans passent inaperçus. On restera donc sans doute autour de 600 pour la rentrée littéraire de septembre et 500 pour janvier. C'est très peu quand on sait que chez les grandes maisons, on reçoit entre 4.000 et 6.000 manuscrits par an. 

Europe 1
Par Nicolas Carreau, édité par Ugo Pascolo