Un an ferme pour des soirées clandestines en Isère : une peine qui servira d'exemple ?

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La mise en danger d'autrui a été retenue. 1:26
La mise en danger d'autrui a été retenue. © AFP
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Des peines allant jusqu'à un an de prison ferme ont été retenues contre les responsables du César Palace dans l'Isère. L'un d'entre eux est notamment reconnu coupable d'avoir mis en danger la vie d'autrui en organisant 22 soirées clandestines dans sa discothèque. Une décision qui pourrait faire jurisprudence, selon la procureure de Vienne. 

La note est salée pour les dirigeants du César Palace en Isère. Des peines allant jusqu'à un an de prison ferme ont été prononcées vendredi par le tribunal judiciaire de Vienne, en Isère, contre les responsables d'une discothèque qui a organisé des soirées clandestines au mépris des restrictions sanitaires pour limiter la propagation du coronavirus. La mise en danger d'autrui a été retenue dans la décision de justice, ce dont se félicite Audrey Quey, procureur de la République de Vienne, qui espère que ce cas permettra de faire passer un message.

La mise en danger de la vie d'autrui retenue

"Le tribunal, pour l'une des premières fois en France le tribunal a retenu la mise en danger pour cette exposition au virus du fait de l'organisation de ces soirées clandestines. C'est important parce qu'il n'y a pas beaucoup de jurisprudence sur la mise en danger Covid", explique-t-elle au micro d'Europe 1. Considéré comme l'organisateur principal des soirées au César Palace et déjà connu de la justice, Lenny Romero, 20 ans, a été condamné à un an de prison ferme et 500 euros d'amende, notamment pour mise en danger de la vie d'autrui.

Sa sœur, gérante de l'établissement, qui avait assuré devant les juges n'être au courant de rien, a écopé de 8 mois de prison avec sursis et 500 euros d'amende. La société a été condamnée à 20.000 euros d'amende et le matériel de sonorisation et de lumières saisi a été confisqué. Ils ont bénéficié d'une relaxe s'agissant des poursuites pour fraude au chômage partiel. L'entreprise avait distribué quelque 12.000 euros reçus de l'État sur la période, alors que les soirées auraient rapporté 1.500 euros chacune. 

22 soirées recensées

A la barre du tribunal, le 8 janvier, le fils du fondateur de la boîte de nuit familiale, située à Grenay, avait minimisé ces événements, évoquant des "réunions entre amis" au printemps. Lenny Romero a reconnu une dizaine de soirées qui auraient rassemblé selon lui 70 à 80 personnes au maximum. Mais des témoins évoquent deux fois plus de monde et les factures d'électricité ont enregistré 22 pics de consommation entre avril et novembre dans la discothèque.

C'est ce que confirme la procureure Audrey Quey. "On avait entre 100 et 150 personnes par soirée, aucun respect des gestes barrières, pas de masques ni de gel hydroalcoolique : des gens qui faisaient la fête dans des conditions très loin de ce que sont les gestes barrières recommandés." Cela entraine "de fait, une mise en danger, avec une potentielle circulation du virus qui était extrêmement importante, puisqu'on a établi jusqu'à 22 soirées organisées dans ces circonstances", explique-t-elle.

Faire passer un message

C'est le barman d'un autre établissement fermé de la région, ayant eu vent des soirées au César Palace, qui avait prévenu les gendarmes dans la nuit du 10 au 11 octobre. Leur descente n'avait toutefois pas mis fin immédiatement aux soirées. Ces dernières se déroulaient, comme ailleurs, dans la plus grande discrétion. La vidéosurveillance avait été désactivée, les photos étaient interdites, les paiements s'effectuaient exclusivement en liquide et les véhicules étaient garés à l'abri des regards.

Alors Audrey Quey espère que le jugement fera passer un message. "J'espère que, véritablement, tout le monde l'entendra pour éviter ce type de réitération de faits qui me semblent extrêmement dangereux et qui met en danger la vie des gens, même si ce ne sont pas les plus exposés au virus", affirme-t-elle. Les avocats des deux prévenus ont annoncé vouloir faire appel.

Europe 1
Par Jean-luc Boujon avec AFP, édité par Guilhem Dedoyard