Le secrétaire général du syndicat de la Confédération démocratique du travail (CFDT), Laurent Berger (à gauche) lors d'une réunion avec le Premier ministre français Edouard Philippe (à droite) à l'hôtel de Matignon le 25 juillet 2017. 1:48
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François Geffrier, Emmanuel Duteil et Tiffany Fillon
À l'issue d'une réunion portant sur l'âge pivot, point de tension entre les syndicats et le gouvernement dans le dossier des retraites, le Premier ministre Édouard Philippe a annoncé qu'il ferait des "propositions concrètes" samedi, sur le sujet. En attendant, les syndicats espèrent toujours qu'il sacrifiera l'âge pivot. Mais est-ce possible ? Pour Emmanuel Duteil, chef du service économie d'Europe 1, il s'agirait d'une concession notable. 

Les partenaires sociaux avaient une nouvelle fois rendez-vous vendredi à Matignon avec Édouard Philippe. Objectif une fois encore : trouver un compromis pour sortir du conflit sur la réforme des retraites, notamment en discutant de la tenue d'une éventuelle "conférence de financement" du système, proposée par les syndicats réformistes (CFDT, UNSA...), favorables à l'instauration d'un système par points. À l'issue de la réunion, le Premier ministre a promis des annonces "concrètes" dès samedi, et le leader de la CFDT, Laurent Berger, a cru sentir "une volonté d'ouverture" de la part du chef du gouvernement sur le fameux âge pivot, sa bête noire.

Si les désaccords persistent, aucun représentant syndical n'est sorti en claquant la porte. Un bon début. "Sur la question de l'âge d'équilibre, on a essayé de dire qu'une mesure aveugle et injuste comme l'âge pivot n'avait pas lieu d'être dans le projet de loi", a expliqué Laurent Berger, à sa sortie de Matignon, espérant avoir été entendu. "Le Premier ministre nous a dit qu'il répondrait (...) assez vite, assez rapidement (...) à ces préoccupations. On a senti (...) une volonté d'ouverture dans la parole mais encore une fois, je dirais, comme je l'ai dit depuis maintenant quelques jours, tout ça se mesure in fine aux actes", a-t-il poursuivi.

 

La CGT et FO opposés à la réforme dans son ensemble 

S'il n'a pas claqué la porte, Philippe Martinez, le patron de la CGT, s'est en revanche montré beaucoup moins optimiste. Pour lui, un retrait de l'âge pivot ne changerait rien et son syndicat continue de s'opposer à l'ensemble de la réforme. En sortant de la réunion, il a qualifié l'âge pivot de "faux problème". "Il existe déjà. L'âge d'équilibre, l'âge moyen de départ à la retraite est déjà à 63,5 ans. Cela veut bien dire que les gens ne peuvent pas partir plus tôt", a-t-il affirmé.

Autre syndicat qui ne pliera pas, qu'il y ait un retrait de l'âge pivot ou non : Force ouvrière. Au micro d'Europe 1, son leader Yves Veyrier a affirmé, vendredi après la réunion, que "l'on est en train de nous refaire le mauvais film de l'assurance-chômage : on vous demande de vous mettre d'accord sur des économies à réaliser, et si vous n'y arrivez pas, c'est l'État qui décide." Tout comme la CGT, Force ouvrière s'oppose non seulement à l'âge pivot et plus largement à la réforme des retraites, "la pire idée de ce quinquennat", selon lui.

Des "propositions concrètes" samedi 

Dans la foulée, Édouard Philippe a annoncé dans la cour de Matignon qu'il fera des "propositions concrètes" samedi. Elles pourraient former la base d'un "compromis" avec les partenaires sociaux, a renchéri le Premier ministre, assurant avoir "bien avancé" avec eux. Il doit également rencontrer vendredi soir Emmanuel Macron et s'entretiendra avec des responsables de la majorité dont beaucoup se positionnent pour le retrait de l'âge pivot.

"Je veux redire la détermination du gouvernement à présenter ce projet de système universel de retraite le 24 janvier en Conseil des ministres et de le soumettre à l'examen en séance publique à l'Assemblée nationale à compter du 17 février" pour qu'il puisse être adopté avant l'été, a ajouté le chef du gouvernement.

Plus de dix milliards d'euros économisés d'ici 2027

Édouard Philippe va-t-il répondre à la demande des syndicats réformistes de supprimer ce fameux âge pivot au plus vite ? Le ton de Laurent Berger était en tout cas moins énervé, moins tendu, que lors des précédentes rencontres. 

Mais il n'est pas sûr qu'Édouard Philippe accepte une telle concession. Ce vendredi même, Matignon publiait un document de prévisions selon lequel les besoins de financement du système des retraites sont estimés à plus de dix milliards d'euros d'ici 2027, soit... à peu près la même somme que ce que permettrait d'économiser l'âge pivot, d'après Matignon, qui évalue les gains de cette mesure à 12 milliards.

Quelles seraient les alternatives ? Une durée de travail plus longue ou encore une hausse symbolique des cotisations font partie des pistes. Mais l'une déplairait aux syndicats, l'autre aux patrons. Quoiqu'il en soit, pour le moment, les syndicats et le gouvernement tiennent chacun leur position sur l'âge pivot. "Les syndicats ont besoin d'avoir la tête de l'âge pivot pour convaincre une base encore bien mobilisée. Et le gouvernement a besoin de réussir l'équilibre financier sans trop lâcher sur les régimes spéciaux pour prouver sa capacité à réformer", résume le chef du service économie d'Europe 1 Emmanuel Duteil.