Plainte contre Buzyn et Philippe : le citoyen a le "droit de savoir", juge l'avocat du collectif

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Une plainte a été déposée contre Agnès Buzyn et Edouard Philippe. 3:46
Une plainte a été déposée contre Agnès Buzyn et Edouard Philippe. © AFP
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Le collectif de médecins C19 a porté plainte contre Edouard Philippe et Agnès Buzyn, accusés de n'avoir pas pris les mesures nécessaires face à l'épidémie de covid-19. Maître Fabrice Di Vizio, l'avocat du collectif, était sur Europe 1 pour défendre cette action.

Trois médecins, représentant un collectif de 600 soignants, ont porté plainte jeudi contre l'ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn et le premier ministre Edouard Philippe. Le collectif C19 les accuse de s'être "abstenus" d'avoir pris à temps des mesures pour endiguer l'épidémie de coronavirus Covid-19. Maître Fabrice Di Vizio, qui représente le collectif, estime au micro d'Europe 1 que la situation actuelle est un "fiasco" et que le citoyen a "le droit de savoir" qui est responsable de la pénurie de masques.

"Peut-être qu'il faut arrêter les sous-entendus et appeler un chat un chat", juge-t-il. "Est-on en guerre parce qu'un ennemi nous a déclaré la guerre, ou parce qu'on n'a pas su préserver la paix ?"

Si Agnès Buzyn "a averti tout le monde, pourquoi personne n'a agi ?"

L'avocat affirme que plusieurs entreprises les ont contactés, lui et ses clients, pour se plaindre du silence du ministère de la Santé quant à la pénurie de masques. "On n'arrête pas de nous appeler en disant 'Je ne comprends pas, j'ai une entreprise en Chine, j'ai écrit au ministère de la Santé pour dire qu'on pouvait produire 500.000 unités par jour, cela fait trois fois que j'écris et je n'ai pas de réponse'", s'exaspère maître Di Vizio.

Or, ajoute-t-il, "le ministère nous dit qu'il a commandé des masques, qu''ils arrivent'. Mais quand ? Combien ? C'est intéressant de savoir ! Le contrat est un document administratif, la facture aussi. Le citoyen dans cette affaire n'a pas que des obligations et des contraintes de rester en confinement. Il a aussi un droit légitime prévu par les textes, qui est le droit de savoir", conclut-il.

Avec cette procédure, Fabrice Di Vizio, qui assure avoir un profond respect pour la présomption d'innocence, espère quand même connaître "la vérité" sur la gestion de la crise. Citant les propos de l'ancienne ministre de la Santé dans le journal Le Monde, il se demande, "s'il est exact que madame Buzyn a averti tout le monde, pourquoi est-ce que personne n'a agi avant, au moment où il était encore possible de faire quelque chose ?"

"Pas au chef de l'Etat" de décider du droit de porter plainte

Alors qu'Emmanuel Macron, dans son allocution mercredi soir, a martelé le besoin de "rester unis" dans cette guerre contre l'épidémie, la décision de porter plainte, qui intervient à un moment où la France fait face à une hausse continue du nombre de contaminés, est selon Fabrice Di Vizio parfaitement légitime. "Nous avons un droit, et si nous devons nous justifier sur l’exercice de ce droit, ça commence à être inquiétant, non ?"

 

"Est-ce que les médecins qui n’ont pas de masques ont le droit de le revendiquer, ou bien est-ce que cela constitue une atteinte à l’unité nationale ?", s'interroge-t-il encore. "Qui détermine l’étendue des droits ? Ce n’est pas au chef de l’État de le faire."

Europe 1
Par Séverine Mermilliod