Le coronavirus, une "opportunité historique" de réduire la surpopulation carcérale ?

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Alors que la crise sanitaire actuelle a conduit à la libération de nombreux détenus, mais aussi à une baisse des incarcérations, Cécile Marcel, directrice de la section française de l’Observatoire international des prisons (OIP), estime sur Europe 1 que cela a aussi permis de "prendre conscience que la surpopulation carcérale n’est pas une fatalité".
INTERVIEW

Dans les 188 prisons françaises, il y a aujourd’hui 58.900 détenus, pour 61.000 places. Du jamais vu dans un pays régulièrement épinglé par la Cour européenne des droits de l’homme et par l'ONU pour sa mauvaise gestion des prisons, où les taux d'occupation étaient, avant la crise liée au covid-19, "à 140% dans les maisons d’arrêt et 118% en moyenne", comme le rappelle sur Europe 1 Cécile Marcel, directrice de la section française de l’Observatoire international des prisons (OIP). "Il y a aujourd'hui 13.500 détenus en moins qu’il y a deux mois. C'est une situation inédite, et l'explication est double", selon elle.

Baisse des incarcérations et libérations de détenus

D'abord, "on a moins incarcéré, parce qu'il y a une activité ralentie des tribunaux et probablement aussi de la délinquance", souligne-t-elle. Ensuite, parce que "le gouvernement a pris des mesures en urgence pour éviter les risques de propagation du virus" en population carcérale, en remettant par exemple en liberté des personnes en fin de peine, jugées non dangereuses, ou des populations qui avaient des santés fragiles, avec en parallèle des conditions de détention très durcies.

"On voit bien qu’on se retrouve avec 13.500 détenus en moins, sans que cela pose aucun problème en termes de sécurité. On prend conscience que la surpopulation carcérale n’est pas une fatalité", ajoute Cécile Marcel, "et que cela offre même des conditions de détention, et de travail pour les personnels pénitentiaires, meilleures qu'elles ne l'ont été depuis de nombreuses années. Donc on a une opportunité historique pour résoudre la surpopulation carcérale".

Comment maintenir des taux d'occupation décents post-crise ?

Le risque aujourd'hui, d'après la directrice de la section française de l'OIP, constituerait à retomber dans des taux d'occupation supérieurs à 100% une fois la crise passée. "Ce serait terrible, car quand on parle de surpopulation, on parle de conditions de détention indignes", rappelle-t-elle. "En 20 ans, on est passés de 48.000 à 72.000 détenus. Cette sur-incarcération pose des problèmes en termes de protection de la société, elle est contreproductive : on enferme des gens qui pour une part ne sont pas dangereux, on les maintient dans des conditions inhumaines, et on n’a pas les moyens de travailler correctement à leur réinsertion".

Pour y remédier, il faudrait surtout "ne pas recommencer comme avant et changer les pratiques", recommande Cécile Marcel, en cessant par exemple "d’incarcérer des personnes qui n’ont pas leur place en prison". Elle cite notamment des alternatives à l’emprisonnement comme le travail d’intérêt général, le bracelet électronique, qui, dit-elle, sont "souvent plus efficaces pour lutter contre la récidive que la prison".

Europe 1
Par Séverine Mermilliod